Gabon : logements de l’État, trois mois pour libérer les lieux avant des déguerpissements
Le gouvernement enclenche une opération de récupération et de réhabilitation de plusieurs logements publics en état de dégradation avancée à Libreville. Les occupants disposeront d’un délai de trois mois pour quitter les lieux. Passé ce délai, des déguerpissements seront engagés afin de permettre le lancement des travaux. En toile de fond, l’exécutif dénonce des pratiques de cession familiale de biens appartenant à l’État.
Le dossier des logements administratifs vétustes franchit un nouveau cap. Après plusieurs constats sur l’état de délabrement de certaines résidences publiques, l’exécutif annonce une restructuration d’envergure visant à moderniser et sécuriser ces infrastructures. Selon les orientations retenues, les occupants concernés disposeront d’un délai de trois mois pour libérer les sites identifiés. À l’issue de cette période, des opérations de déguerpissements seront conduites afin de permettre le démarrage effectif des travaux.
Des sites stratégiques concernés
Parmi les zones ciblées figurent la cité des enseignants située en face de l’Université Omar Bongo, l’immeuble Gabon 2000, les « 90 logements » ainsi qu’un bâtiment implanté face à la CNAMGS au quartier Montagne Sainte, dans le 3ᵉ arrondissement de Libreville. Ces structures, construites pour certaines il y a plusieurs décennies, présentent aujourd’hui des signes évidents de vétusté : fissures, installations électriques défaillantes, réseaux d’assainissement obsolètes et risques sécuritaires. Le gouvernement affirme vouloir reproduire le modèle appliqué au camp de police d’Akeridjogomi, récemment rénové.
Au-delà de la modernisation, l’exécutif pointe une dérive : la cession informelle de logements publics au sein d’une même famille, parfois sur plusieurs générations. Or ces biens relèvent du patrimoine de l’État et sont destinés à répondre à des besoins administratifs précis. La transmission de facto d’un logement public à un parent, un conjoint ou un enfant, sans base légale, est considérée comme une occupation irrégulière. Cette pratique, longtemps tolérée, est désormais dénoncée comme un facteur d’iniquité et de désorganisation du parc immobilier public.
Moderniser sans créer une crise sociale
La décision de fixer un délai de trois mois place les occupants face à une échéance claire. Mais elle soulève également des interrogations. Des solutions de relogement seront-elles proposées ? Un accompagnement social est-il prévu pour les cas les plus vulnérables ? La question est particulièrement sensible pour les enseignants résidant à proximité de l’Université Omar Bongo, pour qui ces logements représentent souvent une proximité stratégique avec leur lieu de travail.
Cette opération s’inscrit dans une logique plus large de rationalisation des actifs immobiliers de l’État. L’objectif affiché est double : restaurer des infrastructures dégradées et réaffirmer l’autorité publique sur des biens relevant du domaine de l’État. Reste à voir si la fermeté annoncée s’accompagnera d’une gestion sociale maîtrisée. Car entre nécessité de rénovation et impératif d’équité, le gouvernement joue une séquence délicate. La réussite de cette réforme dépendra autant de la qualité des travaux à venir que de la manière dont sera gérée la sortie des occupants.










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