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Gabon : le rap, de la résistance au Kounabelisme !

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Le rap gabonais traverse assurément une crise d’identité sans précédent. Jadis porte-voix des sans-voix et fer de lance de la contestation sociale, ce mouvement semble avoir troqué ses baskets de combat contre les mocassins du « Kounabelisme». Ce néologisme, désignant l’asservissement de l’art au pouvoir politique contre rémunération, illustre la trajectoire peu valorisante d’un genre qui est passé de la résistance au culte de la personnalité.

Au Gabon, tout commence dans la ferveur des années 90 et la visite de l’animateur français Sydney. Influencé par la radicalité de Public Enemy, le hip-hop gabonais naît et se développe dans la rue. Des groupes mythiques comme Siya Possi X, V2A4, Hay’oe, Bandz Mudji ou encore Movaizhaleine s’imposent alors comme les sentinelles de la démocratie. Le micro est une arme, le texte un pamphlet. À cette époque, rapper rime avec dénoncer les injustices et porter les aspirations d’une jeunesse en quête de changement.

De la dénonciation à la renonciation, quand le rap se travestit !

On peut sans risque de se tromper affirmer que 2009 et l’élection anticipée crée le virage de l’adoubement. À la surprise générale, le groupe Hay’oe scelle une alliance avec le candidat à la Présidence de la République et à la succession de son défunt père, Ali Bongo Ondimba. C’est l’acte de naissance du rap de soutien. Dans la foulée, des artistes comme Sinsh’O, Tina, Jojo et Bung Pinz joignent leurs voix dans le titre « Parole aux jeunes ». Un hymne au crédit du politique qui transforme le flow urbain en outil marketing électoral.

Si Cam, Saik1ry, Kôba Building, Keurtyce.E, le SDK des Kayas, Lestat XXL et quasiment tout le Zorbam Produxions restent fidèles aux bases du genre, le scénario de 2009 se répète en 2016 avec une nouvelle garde. On y retrouve Tina, Sinsh’O, Shan’L, Creol, Ng Bling, Lord Helkass, Lagaff et en arrière garde Hay’Oe, qui soutiennent une réélection pourtant contestée. Pour le public, le verdict est sans appel : c’est la trahison des « Kounabelistes ». L’art n’est plus une quête de vérité, mais une prestation commerciale de haut vol.

Le CTRI victime des larbins ?

Même après le coup de libération du 30 août 2023, le logiciel semble inchangé. Si beaucoup espéraient la fin de la « récréation », le général Brice Clotaire Oligui Nguema et le CTRI ont repris la même recette. Les rappeurs de la nouvelle génération, à l’instar de Delpega ou L’oiseau Rare, ainsi que les anciens cherchant une rédemption financière, se bousculent désormais aux concerts à la gloire du nouvel homme fort. Et ce, après avoir crié « Ali Ali Président » 10 jours avant. 

Aujourd’hui, la 5ème République semble apprécier ce rap « caresseur ». Comme un pied de nez à Lino qui affirmait qu’on ne peut rapper sans prendre position pour le peuple, le rap gabonais a choisi son camp : celui du pouvoir. Le micro ne sert plus à réveiller les consciences, mais à bercer les ambitions de ceux qui dirigent. Résultat, le cri de la rue est devenu une mélodie de cour de plus en plus polie. Les enveloppes des politiques sont des « petits colis » qui annoncent des lendemains plus kounabélisés. Une chose est sûre : Ça ne fait que commencer !

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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