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Gabon : le projet ferroviaire BELIMAYE condamné aux oubliettes ?

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Alors que le Gabon cherche désespérément les clés de sa relance économique, une ombre plane sur l’un des chantiers les plus ambitieux de la Transition. Le corridor BELIMAYE, véritable colonne vertébrale logistique imaginée pour transformer le pays, semble aujourd’hui avoir disparu des radars officiels. Simple pause technique ou mise au placard définitive ? L’interrogation brûle les lèvres des observateurs.

Porté par l’ancien Ministre des Transports, Loïc Ndinga Moudouma, BELIMAYE dépasse largement le cadre d’un simple chemin de fer. Ce projet devait  dessiner un corridor multimodal de 700 kilomètres reliant les gisements de fer de Belinga au port en eau profonde de Mayumba. En traversant l’Ogooué-Ivindo, Ogooué-Lolo, la Ngounié et la Nyanga, cette infrastructure intègre une voie ferrée double, une route bitumée parallèle et un réseau de production énergétique.

L’objectif est clair : désenclaver l’intérieur du territoire pour transformer les ressources naturelles, fer, manganèse, potasse et terres rares, en richesse palpable. En se positionnant comme le deuxième plus grand projet intégré au monde dans sa catégorie, BELIMAYE promettait de propulser le Gabon dans une nouvelle ère industrielle.

Un modèle financier sans dette publique

L’aspect le plus saisissant de ce dossier réside dans son montage financier. Contrairement aux chantiers classiques qui alourdissent la dette de l’État, BELIMAYE repose sur le project finance. Des institutions de premier plan, telles qu’Afreximbank et Deutsche Bank, manifestaient leur intérêt pour financer l’œuvre sans que le Gabon n’ait à décaisser de fonds publics.

Mieux encore, le contrat prévoyait une rétrocession automatique de 15 % du capital à l’État gabonais, pouvant grimper jusqu’à 35 %. Ce mécanisme garantissait une souveraineté nationale sur l’infrastructure tout en générant des revenus immédiats. Sur le plan social, les projections tablent sur la création de 16 000 emplois durables pour la jeunesse.

Le silence inquiétant des autorités

Pourtant, malgré ces atouts stratégiques et son potentiel d’intégration régionale vers la Centrafrique et le Congo, le projet stagne. Le silence actuel interroge : la complexité d’une telle œuvre a-t-elle effrayé les décideurs, ou la vision de ce corridor a-t-elle été mal comprise ?

En sacrifiant BELIMAYE, le Gabon risque de se priver d’un levier de croissance unique. À l’heure où la diversification économique est une urgence absolue, enterrer un tel moteur de développement sans débat public équivaudrait à un rendez-vous manqué avec l’histoire. Le pays est-il réellement prêt pour les grands projets structurants, ou préfère-t-il se contenter de solutions de court terme ?

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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