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Gabon : le parquet de la République rappelle que la garde à vue n’est pas une sanction

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À Libreville, le parquet de la République hausse le ton face aux violations répétées des droits fondamentaux constatées lors des gardes à vue et des perquisitions. En se rendant directement dans les services enquêteurs, le Procureur de la République entend mettre fin à des pratiques longtemps dénoncées par les avocats et les ONG. Reste à savoir si la pédagogie judiciaire suffira à enrayer l’arbitraire.

Un rappel ferme des droits fondamentaux. La tournée de terrain engagée par le parquet de Libreville marque un tournant dans le discours institutionnel sur la garde à vue. Devant les officiers de police judiciaire (OPJ), le Procureur de la République, Dick Fabrice Boungou Mikolo, a rappelé sans ambiguïté les droits intangibles de toute personne privée de liberté : informer un proche, consulter un avocat, être examiné par un médecin. Des garanties prévues par le Code de procédure pénale, trop souvent reléguées au second plan dans la pratique quotidienne des enquêtes.

Le message est clair : la garde à vue n’est ni un outil de pression, ni une sanction anticipée. Elle doit rester une mesure exceptionnelle, strictement encadrée par la loi.

Perquisitions : tolérance zéro sans mandat

Autre point de crispation, régulièrement soulevé par les défenseurs des droits humains : les perquisitions menées sans base légale. Là encore, le parquet a tranché. Désormais, toute intrusion dans un domicile sans mandat est jugée inacceptable. Une ligne rouge clairement posée, destinée à mettre un terme à des habitudes héritées d’une culture d’enquête souvent permissive.

En filigrane, le parquet rappelle que le respect du domicile n’est pas une formalité procédurale, mais un pilier de l’État de droit.

48 heures : la responsabilité personnelle engagée

Sur la durée légale de la garde à vue, le rappel est tout aussi ferme. Le délai de 48 heures ne souffre d’aucune interprétation. Tout dépassement expose l’OPJ à une responsabilité personnelle. Une mise en garde lourde de sens, dans un contexte où des détentions prolongées, parfois sans base solide, ont alimenté la défiance envers l’institution judiciaire.

Cette précision vise à rompre avec une logique d’impunité administrative, où les abus restaient rarement sanctionnés.

Fin des gardes à vue abusives ?

Le parquet entend également mettre un terme à une dérive bien connue des justiciables : le recours à la garde à vue pour régler des litiges civils, des conflits familiaux ou des affaires mineures. Une pratique dénoncée depuis des années par les avocats, qui y voient un détournement de procédure et une source d’humiliation pour les citoyens.

En exigeant que la garde à vue soit réservée aux nécessités strictes de l’enquête pénale, le parquet tente de rétablir une frontière claire entre justice pénale et règlements de comptes privés.

Entre discours et réalité du terrain

Cette reprise en main intervient dans un contexte marqué par de précédents scandales judiciaires, dénonçant arrestations arbitraires, détentions abusives et violations des droits de la défense. ONG, syndicats et barreau n’ont cessé d’alerter sur ces dérives, souvent restées sans réponse concrète.

La question centrale demeure donc entière : cette pédagogie institutionnelle suffira-t-elle à transformer durablement les pratiques ? Sans mécanismes de contrôle effectifs et sans sanctions exemplaires, le risque est réel de voir ces rappels rester lettre morte.

Un test de crédibilité pour l’État de droit

En plaçant les droits humains au cœur de son discours, le parquet de Libreville engage sa crédibilité. Pour les justiciables, la fin de l’arbitraire ne se mesurera pas aux déclarations, mais à la réalité des cellules de garde à vue, des commissariats et des brigades.

La balle est désormais dans le camp des services enquêteurs. Et, au-delà, dans la capacité de l’institution judiciaire à faire respecter ses propres exigences.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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