Gabon : L’avenir des tortues marines menacé par une crise de financement
Sur les plages sauvages du parc national de Pongara, le spectacle est à la fois fascinant et fragile. Sous un soleil équatorial, des bébés tortues olivâtres entament leur « parcours du combattant » pour rejoindre l’océan. Mais derrière cette image d’Épinal, la survie de l’espèce est en péril, prise en étau entre les menaces naturelles et une crise budgétaire sans précédent.
Le Gabon est un sanctuaire unique au monde. Selon l’ONG Wildlife Conservation Society, le pays possède la plus forte densité de nidification d’Afrique, accueillant chaque année entre 30 000 et 40 000 pontes. Il est même le premier site mondial pour la tortue luth, un géant de 500 kg classé comme espèce menacée.
Un sauvetage de haute précision
Le travail des défenseurs de l’environnement est titanesque. Sur le terrain, les experts de l’ONG Aventures sans frontières et les écogardes de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) surveillent les nids 24h/24. « Leurs chances de survie sont infimes », confie à l’AFP François Boussamba, directeur de l’ONG, rappelant que seul un spécimen sur mille atteint l’âge adulte.
Pour maximiser ces chances, des écloseries sécurisées protègent les œufs des prédateurs et de l’érosion côtière. À l’éclosion, les bénévoles veillent à ce que les nouveau-nés rampent sur le sable avant de gagner l’eau. « Il faut qu’elles se musclent pour ensuite pouvoir nager », explique Clémence, bénévole pour le Projet tortues Tahiti Gabon.
L’ombre de l’administration Trump et les impayés
Malgré cette détermination, le système vacille. Depuis 2013, le Gabon bénéficiait du soutien financier des États-Unis via l’US Fish and Wildlife Service. Or, la suspension de ces subventions par l’administration de Donald Trump a porté un coup d’arrêt brutal aux programmes. « Les activités de suivi sont à l’arrêt ou ralenties », déplore Édouard Moussavou, directeur adjoint de Pongara.
À ce retrait américain s’ajoute une crise sociale interne. Les 580 écogardes du pays subissent des retards de paiement chroniques. Sosthène Ndong Engonga, du Syndicat national des écogardes, alerte sur le risque de voir ces agents « obligés de tout abandonner ».
Pourtant, sur le sable de Pongara, la passion résiste. Alain Banguiya, écogarde non payé depuis deux mois, continue ses patrouilles nocturnes. Pour lui, la mission dépasse sa propre précarité : « Malgré les obstacles, on garde notre cap : la conservation ». Une résilience admirable, mais qui ne pourra éternellement pallier le manque de moyens financiers.









GMT TV