Gabon : la redevance passager à la hausse, un coup dur pour l’attractivité aérienne
Par un arrêté signé le 13 novembre 2025, le gouvernement gabonais a entériné une hausse substantielle de la redevance passager dite R4, intégrée au prix des billets d’avion. Officiellement destinée à financer les infrastructures gérées par GSEZ Airport, cette décision risque surtout de renchérir le coût du voyage vers le Gabon et d’en fragiliser l’attractivité, dans un contexte régional déjà très concurrentiel.C’est une mesure technique aux effets très concrets pour les voyageurs.
Porté par Henri-Claude Oyima, alors ministre d’État à l’Économie et aux Finances, et Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, ministre d’État en charge des Transports, l’arrêté du 13 novembre 2025 redéfinit les montants de la redevance passager (R4). Une taxe désormais explicitement et exclusivement affectée au concessionnaire GSEZ Airport, comme le précise l’article 3 du texte.
Selon le gouvernement, l’objectif est triple : financer la construction du nouveau terminal de l’Aéroport international de Libreville, assurer le remboursement des charges du projet et permettre la réhabilitation de l’actuel aéroport Léon Mba. Sur le papier, l’ambition infrastructurelle est louable. Dans la réalité, la facture est directement transférée aux passagers.
Une grille tarifaire qui alourdit fortement le prix des billets
La nouvelle grille tarifaire donne la mesure de l’effort demandé aux voyageurs. Pour les vols internationaux de plus de deux heures, la redevance atteint 49 200 FCFA en classes Première et Affaires, et 42 638 FCFA en classe Économique. Pour les vols internationaux de moins de deux heures, elle s’élève respectivement à 42 638 FCFA et 32 798 FCFA. Même les vols domestiques ne sont pas épargnés, avec 6 560 FCFA par passager, quelle que soit la classe.
Ces montants s’ajoutent à une structure tarifaire déjà lourde : taxes aéroportuaires, surcharge carburant, frais de sûreté et coûts d’exploitation élevés. Résultat : le billet vers Libreville devient mécaniquement plus cher que vers d’autres capitales de la sous-région, pourtant engagées dans des stratégies inverses de stimulation du trafic aérien.
Un signal dissuasif pour les voyageurs et les investisseurs
À l’heure où le Gabon affiche sa volonté de diversifier son économie, de développer le tourisme et d’attirer les investisseurs, cette hausse de la R4 envoie un signal paradoxal. Le voyageur, qu’il soit touriste, homme d’affaires ou membre de la diaspora, est confronté à un coût d’accès élevé à la destination Gabon, sans garantie immédiate d’une amélioration perceptible de l’expérience aéroportuaire.
Dans un marché aérien sensible aux prix, cette mesure risque de détourner une partie du trafic vers des hubs concurrents comme Abidjan, Dakar ou Douala, mieux connectés et souvent moins taxés. À terme, ce sont les compagnies aériennes elles-mêmes qui pourraient ajuster leurs fréquences, voire revoir leur présence, face à une demande affaiblie.
Infrastructures contre attractivité : un équilibre fragile
Certes, le financement des infrastructures aéroportuaires est un enjeu stratégique. Mais faire peser l’essentiel de l’effort sur les passagers revient à transformer l’aéroport en poste de taxation plutôt qu’en levier de compétitivité. D’autant que les compagnies sont tenues de reverser mensuellement les sommes collectées sur un compte dédié, sous peine de pénalités, rigidifiant encore l’écosystème.
En l’absence d’une politique globale de baisse des coûts et d’incitation au trafic, la révision de la redevance R4 pourrait bien produire l’effet inverse de celui recherché : moins de voyageurs, moins de rotations, et une destination Gabon perçue comme chère et peu accessible. Un pari risqué, à l’heure où l’ouverture et la compétitivité aérienne conditionnent largement le développement économique.









GMT TV
[youtube-feed feed=2]