Gabon : « la faute à l’ancien régime », un argument qui ne convainc plus
Dette publique sous tension, crispation du front social, érosion du pouvoir d’achat, chômage persistant. Depuis plusieurs mois, le gouvernement navigue en eaux troubles. Face à l’accumulation des difficultés, l’exécutif tente d’apporter des réponses ponctuelles aux urgences, sans toujours parvenir à apaiser les frustrations. Mais un réflexe revient avec constance dans le discours officiel, renvoyer systématiquement la responsabilité des maux actuels au régime déchu d’Ali Bongo. Un argument devenu central, brandi comme une clé d’explication universelle, mais qui peine de plus en plus à convaincre une opinion publique lassée.
Cette lassitude s’est accentuée avec la montée en puissance médiatique d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure de proue de l’opposition. À travers des sorties publiques, l’ancien Premier ministre dénonce un « pilotage à vue » et l’incapacité du pouvoir à produire des résultats tangibles. En face, le camp présidentiel, visiblement en manque d’une stratégie de communication cohérente, oppose rarement un contre-discours structuré. Il se contente, le plus souvent, de rappeler le lourd héritage laissé par l’ancien régime, comme si ce rappel suffisait à exonérer les actuels dirigeants de toute responsabilité politique.
Un héritage invoqué jusqu’à l’usure
L’argument est particulièrement récurrent sur la question de la dette publique. Trois ans après la prise de pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, le régime continue de souligner l’endettement hérité du passé. Pourtant, l’opposition rappelle qu’au moment du coup d’État, la dette se situait autour de 56 % du PIB, un niveau certes préoccupant, mais conforme à la norme communautaire. Surtout, elle accuse les autorités actuelles d’avoir accru l’endettement sans que cela ne se traduise par une amélioration visible du quotidien des Gabonais. Routes inachevées, projets à l’arrêt, services publics toujours défaillants. Pour beaucoup, l’argument de l’héritage ne suffit plus à masquer l’absence de résultats concrets.
Dans l’opinion, le ton a clairement changé « Trois ans après, il y a désormais un bilan », résume un internaute, reflétant un sentiment largement partagé. Le nouveau régime en est à son troisième exercice budgétaire, des dizaines de milliards de francs CFA ont été engagés, notamment les 63 milliards injectés dans les provinces en 2024, dont plusieurs projets restent inachevés, voire inexistants. Le bétonnage des voies secondaires, souvent cité, est devenu un symbole de promesses non tenues. Dès lors, persister à tout imputer à l’ancien régime apparaît contre-productif.
Non, le pouvoir en place ne peut plus durablement se réfugier derrière le passif d’Ali Bongo pour justifier ses propres insuffisances. Les Gabonais attendent désormais autre chose que des rappels historiques. Ils réclament des réponses claires et mesurables sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la sécurité, l’indépendance de la justice et la vitalité démocratique. À l’épreuve du temps, l’argument de « la faute à l’ancien régime » s’use. Et avec lui, la patience d’un peuple en quête de résultats.








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