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Gabon : la défiance des citoyens envers la Justice est-elle devenue irréversible ?

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Entre dossiers égarés, lenteurs judiciaires et soupçons de favoritisme, la justice gabonaise semble avoir perdu la confiance des citoyens. Une crise profonde, qui dépasse les magistrats pour interroger l’ensemble du système.

Au Gabon, la justice est aujourd’hui perçue avec méfiance, parfois même avec défiance. Une situation qui s’est progressivement installée au fil des expériences négatives vécues par les justiciables. Dossiers introuvables, procédures interminables, décisions contestées : autant de réalités qui alimentent un sentiment d’injustice généralisé.

Dans son édition du 23 mars 2026, l’hebdomadaire L’Aube met en lumière cette fracture grandissante entre l’institution judiciaire et les citoyens. Un malaise profond que reconnaît lui-même Landry Abaga Essono, président du Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG). « La méfiance des justiciables est certainement justifiée par des expériences vécues », admet-il.

Une accumulation de dysfonctionnements

L’exaspération des citoyens trouve sa source dans des dysfonctionnements répétés. L’affaire récente d’un dossier déclaré « introuvable » au tribunal de première instance de Libreville en est une illustration frappante. Si, comme le précise L’Aube, le dossier n’était en réalité « pas distrait, mais simplement mal classé », cet incident révèle néanmoins une organisation défaillante.

À cela s’ajoutent les lenteurs judiciaires, parfois extrêmes. Des affaires peuvent rester pendantes pendant plusieurs années, créant un sentiment d’abandon chez les justiciables. Cette lenteur, combinée à des erreurs administratives, contribue à décrédibiliser l’institution.

Une absence de régulation interne

Autre point critique : le manque de mécanismes de contrôle et de régulation. L’Aube souligne que la mise en place de cellules de veille déontologiques au sein des juridictions reste encore marginale. Une lacune qui empêche de prévenir efficacement les dérives et d’instaurer une culture de responsabilité.

Dans ce contexte, les citoyens ont le sentiment que les dysfonctionnements ne sont ni corrigés ni sanctionnés, renforçant ainsi leur défiance.

Une fracture durable ?

Plus inquiétant encore, cette crise semble s’inscrire dans la durée. La perte de confiance ne se limite plus à des cas isolés : elle devient structurelle. Pour de nombreux Gabonais, la justice n’apparaît plus comme un recours fiable, mais comme une institution incertaine.

Or, comme le rappelle implicitement L’Aube, une justice qui ne rassure plus fragilise l’ensemble du contrat social. Car sans confiance, il n’y a ni adhésion aux décisions, ni stabilité durable.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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