Gabon : Justice, corruption et restitution des biens, le message de fermeté d’Oligui Nguema
Dans son discours de vœux à la Nation, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a adressé un signal politique fort à l’opinion publique et aux institutions. En évoquant le procès Bongo-Valentin et les poursuites à venir, le Chef de l’État inscrit la lutte contre la corruption et l’impunité au cœur de la Cinquième République, assumant une rupture nette avec les pratiques du passé.
À mesure que le Gabon referme la parenthèse de la Transition, la question judiciaire s’impose comme l’un des marqueurs les plus sensibles du nouveau cycle institutionnel. L’évocation, sans détour, du procès Bongo-Valentin et de son entourage n’a rien d’anodin. Pour le Chef de l’État, cette séquence judiciaire constitue une étape fondatrice dans la quête de vérité et de justice réclamée par une large partie de la population depuis des années.
Le procès comme acte fondateur de la Cinquième République
« Ce procès, quelles que soient les appréciations, a permis de mettre en lumière l’ampleur du préjudice subi par notre Nation », a déclaré le Président. Au-delà des personnes mises en cause, l’exécutif présente cette procédure comme un moment de clarification historique : une économie fragilisée, une dette abyssale, une administration affaiblie. Autant de constats qui justifieraient, aux yeux du pouvoir, une réponse judiciaire à la hauteur des dérives constatées.
En insistant sur le fait que la justice a agi « au nom du peuple », le Chef de l’État confère à cette action une portée symbolique forte. Il ne s’agit plus seulement de poursuites pénales, mais d’un acte de refondation morale de l’État.
Restituer au peuple ce qui lui appartient
L’un des messages les plus attendus concernait la restitution des biens indûment acquis. Le Président a clairement appelé, en lien avec la société civile et la communauté internationale, à œuvrer pour le retour de ces avoirs à leurs « légitimes propriétaires : le peuple gabonais ».
Cette orientation ouvre un chantier complexe, à la fois juridique, diplomatique et politique. Elle suppose des mécanismes efficaces de coopération internationale, mais aussi un cadre légal national suffisamment robuste pour éviter que ces démarches ne restent symboliques.
Vers un durcissement de l’arsenal pénal
Dans la même logique, le Chef de l’État a interpellé le législateur afin que soient adoptées des lois « fermes et exemplaires » contre les atteintes aux biens publics, les violences, la cybercriminalité, la diffamation et les atteintes aux mœurs. Une annonce qui traduit la volonté d’un durcissement assumé du dispositif pénal.
Cette fermeté revendiquée répond à une attente sociale forte, dans un contexte marqué par la recrudescence des crimes de sang et par une défiance persistante envers les institutions judiciaires. Reste toutefois la question de l’équilibre entre sévérité des textes et effectivité de leur application.
Une justice érigée en pilier du nouveau cycle
En plaçant la justice et la lutte contre la corruption au cœur de son discours, le Président Oligui Nguema trace une ligne politique claire : la Cinquième République ne saurait se construire sur l’oubli ou l’impunité. Mais cette ambition, pour être crédible, devra se traduire par la constance des poursuites, l’indépendance réelle des magistrats et la capacité de l’État à résister aux pressions politiques.
Pour l’exécutif, le message est sans ambiguïté : le temps de la complaisance est révolu. Pour l’opinion publique, l’heure est désormais à la vigilance, afin que cette promesse de fermeté ne reste pas un simple marqueur discursif, mais devienne l’un des socles durables de la gouvernance gabonaise.








GMT TV
[youtube-feed feed=2]