Gabon : «Je veux partir à l’école», quand les élèves brisent le silence de la crise
Pendant que le bras de fer entre les syndicats d’enseignants et le ministère de tutelle s’enlise, ce sont les premières victimes de cette crise qui ont décidé de sortir de l’ombre. Les élèves. Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, de jeunes apprenants, issus de plusieurs établissements du pays, ont pris la parole pour dire l’essentiel, l’urgence, le cri du cœur : « Je veux partir à l’école ».
Une phrase simple, répétée à tour de rôle, mais lourde de sens. Vêtus de leurs uniformes scolaires, ces enfants et adolescents n’entrent ni dans le débat syndical, ni dans les considérations budgétaires. Ils rappellent une vérité crue : l’école est à l’arrêt et leur avenir avec.
Des enfants pris en otage d’un conflit qui dure
Depuis l’interruption prolongée des cours, ces élèves vivent au rythme de l’attente, de l’incertitude et de l’oisiveté forcée. À l’heure où ils devraient être penchés sur leurs cahiers, ils errent, exposés aux dérives sociales, pendant qu’une année scolaire entière menace de basculer dans le vide. Le spectre d’une année blanche ou d’un retard pédagogique irrattrapable n’est plus une hypothèse, mais une crainte bien réelle.
À travers cette vidéo, c’est un appel à la responsabilité collective qui est lancé. Un rappel brutal que derrière les communiqués, les assemblées générales et les négociations techniques, il y a des enfants, des familles, et un droit fondamental à l’éducation mis entre parenthèses.
Dialogue bloqué, crise persistante
Sur le terrain institutionnel, le constat reste préoccupant. La commission tripartite, achevée le 13 janvier 2026, avait pourtant nourri l’espoir d’un dénouement. Plusieurs annonces avaient été faites concernant la régularisation des situations administratives et financières des enseignants. Mais du côté du collectif SOS Éducation, réuni en assemblée générale le samedi 17 janvier, la position est restée inflexible : pas de reprise sans satisfaction intégrale des revendications.
Le mot d’ordre est clair, sans nuances : « Tout ou rien ». Une ligne dure qui prolonge le blocage et accentue la fracture, au détriment des élèves, désormais relégués au rang de dommages collatéraux d’un conflit social mal maîtrisé.
Qui entend encore la voix des élèves ?
Face à ce dialogue de sourds entre la tutelle et les syndicats, une question s’impose : qui écoute encore ces enfants ? Leur mobilisation spontanée, inédite, devrait pourtant alerter tous les acteurs. Car en s’adressant à la fois aux enseignants et au Ministère de l’Éducation nationale, les élèves rappellent que l’école n’est ni un champ de bataille syndical, ni un simple poste budgétaire, mais le socle de l’avenir national.
La crise éducative que traverse le Gabon ne pourra trouver d’issue durable sans remettre l’élève au centre des décisions. Faute de quoi, le pays risque de sacrifier une génération sur l’autel des rigidités, des calculs et des rapports de force. Les prochains jours seront décisifs. Reste à savoir si ce cri d’enfants, aussi simple que puissant, saura enfin percer le mur de l’indifférence.








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