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Gabon : investissement public, discipliner les projets, mais qui contrôle l’exécution ?

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Le Conseil des ministres a adopté un décret censé mettre fin à l’improvisation dans la gestion des investissements publics. Alignement sur les priorités nationales, culture de résultats, discipline budgétaire : l’intention est claire. Reste une question centrale, longtemps éludée au Gabon : qui contrôle réellement l’exécution, du lancement des projets jusqu’à leur livraison ?

C’est l’un des textes les plus structurants adoptés ces derniers mois. En fixant un cadre unifié de gestion des investissements publics, le gouvernement affiche une volonté de rupture avec des décennies de projets mal conçus, sous-financés, retardés ou jamais achevés. Désormais, chaque franc investi par l’État est censé produire un impact mesurable, cohérent avec les priorités nationales et soutenable pour les finances publiques.

Ce que dit le décret

Sur le papier, le décret est ambitieux. Il promet une meilleure programmation, une budgétisation plus rigoureuse et une évaluation systématique des performances. En clair, fini les projets lancés sans études sérieuses, sans calendrier crédible ni indicateurs de résultats. Du moins, en théorie.

Le texte pose trois principes structurants. D’abord, l’alignement obligatoire des projets sur les priorités nationales de développement. Ensuite, l’exigence de performance, avec une logique de résultats et d’impact socio-économique. Enfin, la redevabilité, à travers des règles claires de suivi, d’évaluation et de reporting.

L’objectif affiché est double : restaurer la crédibilité de l’État auprès des partenaires techniques et financiers, et éviter que l’investissement public ne soit une simple variable d’affichage politique. Chaque projet doit désormais être justifié, financé de manière réaliste et exécuté dans des délais maîtrisés.

Le maillon faible : l’exécution

Mais au Gabon, le problème n’a jamais été l’absence de textes. Il a toujours été leur application. Combien de décrets, de lois et de réformes sont restés lettre morte faute de contrôle effectif ? Combien de projets ont été inscrits au budget sans jamais être livrés, ou livrés à moitié, sans que personne n’en rende compte ?

La question clé est donc celle du contrôle de l’exécution. Qui vérifie que les projets respectent les délais ? Qui sanctionne les dépassements injustifiés ? Qui évalue l’impact réel des investissements sur l’emploi, les services publics ou le développement local ?

Sans mécanisme indépendant, doté de moyens et de pouvoirs réels, le décret risque de rejoindre la longue liste des textes bien écrits mais peu contraignants.

Redevabilité : promesse ou tournant réel ?

Le gouvernement parle de culture de résultats et de performance. Très bien. Mais cette culture suppose des comptes publics, des bilans accessibles, et surtout des responsabilités clairement établies. Un projet qui échoue doit avoir un responsable identifié. Un projet mal exécuté doit entraîner des conséquences administratives, voire financières.

Or, l’histoire récente montre une dilution chronique des responsabilités : ministères, agences, directions générales, prestataires… tout le monde intervient, mais personne n’assume vraiment.

Discipline budgétaire ou vitrine technocratique ?

Dans un contexte de fortes tensions de trésorerie et de discussions annoncées avec les bailleurs internationaux, ce décret apparaît aussi comme un signal politique. Il vise à rassurer les marchés et les partenaires : l’État gabonais promet de mieux gérer ses investissements.

Mais la crédibilité ne se décrète pas. Elle se construit par des actes, des livraisons concrètes et une transparence assumée. Sans publication régulière de l’état d’avancement des projets, sans audits publics et sans sanctions visibles, la discipline budgétaire restera un slogan.

Le test de la vérité

Ce décret sera jugé sur un seul critère : sa capacité à changer les pratiques. Pas dans six mois, pas dans cinq ans, mais dès les premiers projets structurants annoncés par le gouvernement.

Aligner, planifier, évaluer : les mots sont là. Reste à prouver que l’État est désormais capable de contrôler, corriger et rendre des comptes. C’est à ce prix seulement que l’investissement public cessera d’être une promesse politique pour devenir un véritable levier de développement.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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