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Gabon : Henry Claude Oyima quitte l’Économie, le signal d’une exigence de cohérence au sommet de l’État

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Le départ d’Henry Claude Oyima du ministère de l’Économie, des Finances, du Budget, de la Dette et de la Lutte contre la vie chère marque un tournant politique. En mettant fin à une situation devenue controversée, le président Brice Clotaire Oligui Nguema entend rappeler les principes de cohérence, d’exemplarité et d’écoute qui doivent guider l’action publique.

La séquence était attendue. Elle intervient au terme d’un malaise persistant autour d’un portefeuille stratégique, au cœur des équilibres économiques et sociaux. Nommé dans un contexte de transition nourri d’attentes fortes, Henry Claude Oyima devait incarner la rigueur financière et le redressement macroéconomique. Mais, au fil des mois, son passage à l’Hôtel des Finances s’est heurté à une accumulation de critiques.

Un budget contesté et une lisibilité en question

Premier point de friction : la loi de finances élaborée sous son autorité. Présentée comme un cadre de redressement, elle a suscité des réserves dans les milieux économiques. Plusieurs analystes ont relevé des arbitrages jugés insuffisamment sociaux, une hiérarchisation peu lisible des priorités et un décalage avec l’urgence du pouvoir d’achat. Dans un contexte d’inflation persistante, ces critiques ont trouvé un écho certain dans l’opinion.

Au-delà des choix budgétaires, une question a durablement pesé : la coexistence de fonctions publiques et privées. Henry Claude Oyima est resté, durant son mandat ministériel, PDG de BGFI Bank, un acteur majeur du système financier régional. Si aucune illégalité formelle n’a été établie, la situation a nourri un débat de fond sur la confusion des rôles. Pour nombre d’observateurs, l’image d’un ministre régulateur demeurant à la tête d’une grande banque était difficilement conciliable avec l’exigence de bonne gouvernance affichée par la transition.

La taxe d’habitation, mesure de trop

La proposition d’une taxe forfaitaire d’habitation a, enfin, cristallisé les tensions. Massivement critiquée, elle a été perçue comme socialement déconnectée, au moment même où la lutte contre la vie chère était présentée comme une priorité. Sur les réseaux sociaux comme dans les cercles syndicaux, la contestation a pris une ampleur révélatrice d’un fossé entre la technostructure et les réalités quotidiennes.

En se séparant de son ministre, le chef de l’État opère un geste politique fort. Selon des sources proches de la présidence, la décision relève d’une volonté « d’écoute et d’apaisement », mais aussi d’un rappel clair : aucune fonction n’est intangible lorsque la cohérence et la crédibilité de l’État sont en jeu.

Ce départ ouvre une nouvelle séquence. Le futur titulaire de ce super-ministère sera attendu sur sa capacité à restaurer la confiance, clarifier les choix économiques et répondre à l’urgence sociale. Au-delà du cas Oyima, l’épisode pose un jalon : la gouvernance de la période post-transition se jouera aussi sur l’exemplarité des hommes et la lisibilité des décisions publiques.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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