Gabon : Guillou Bitsutsu-Gielessen plaide pour des États généraux du salaire
Face à l’érosion continue du pouvoir d’achat et à l’enracinement de la précarité, l’appel lancé par Guillou Bitsutsu-Gielessen résonne comme un avertissement politique et social. Dans une tribune sans détour, il réclame l’organisation, dès 2026, des États généraux du salaire, du SMIC et de la grille indiciaire, afin de refonder le contrat social gabonais autour d’un principe central : la dignité par le travail.
Le débat sur le salaire n’est plus une question technique ou corporatiste. Il est devenu un enjeu de stabilité nationale. Dans un contexte marqué par la flambée des prix, la pression sur les loyers, les transports et l’alimentation, la majorité des travailleurs gabonais vit désormais en état de survie économique. C’est ce diagnostic sévère que pose Guillou Bitsutsu-Gielessen, appelant l’État à affronter de front une réalité longtemps différée.
Un SMIC déconnecté de la réalité
Le constat est implacable. Le SMIC historique à 80 000 FCFA, resté inchangé pendant plus de vingt ans, apparaît aujourd’hui comme une aberration économique. Même le relèvement théorique à 150 000 FCFA pour 173 heures de travail, rappelle l’auteur, reste largement inappliqué dans de nombreux secteurs. Et lorsqu’il l’est, il demeure insuffisant face au coût réel de la vie.
À Libreville, devenue l’une des villes les plus chères d’Afrique centrale, un salaire inférieur à 200 000 FCFA ne permet plus de vivre, mais seulement de tenir. « En dessous de ce seuil, le travailleur n’est plus un acteur économique, mais un individu en lutte permanente pour satisfaire ses besoins primaires », tranche Guillou Bitsutsu-Gielessen.
Le coût de la vie, variable territoriale ignorée
L’un des apports majeurs de cette tribune réside dans la territorialisation du débat salarial. L’auteur insiste sur la nécessité d’adapter les politiques de rémunération aux réalités locales. À Libreville, un revenu mensuel compris entre 400 000 et 600 000 FCFA serait le strict minimum pour un célibataire souhaitant se loger décemment, se nourrir correctement et accéder aux soins de base. Pour un ménage avec deux enfants, ce seuil grimpe entre un et 1,5 million de FCFA.
À l’intérieur du pays — Port-Gentil, Franceville, Oyem — le coût du logement est parfois plus abordable, mais l’accès aux services essentiels reste onéreux. Là encore, un revenu inférieur à 250 000 FCFA maintient les travailleurs dans une précarité chronique.
Précarité salariale et dérives sociales
Selon Guillou Bitsutsu-Gielessen, la sous-rémunération n’est pas sans conséquences structurelles. Elle alimente l’expansion de l’économie informelle, épuise les mécanismes traditionnels de solidarité familiale et favorise, dans certains cas, des pratiques de corruption devenues des stratégies de survie. En ce sens, la question salariale dépasse le champ économique : elle touche à la cohésion sociale et à l’éthique publique.
Vers un Revenu minimum convenable
La proposition est claire : passer d’un « SMIG de survie » à un Revenu Minimum Convenable (RMC), défini sur la base des besoins réels des populations et réévalué de manière périodique. Les États généraux du salaire, du SMIC et de la grille indiciaire seraient le cadre de ce nouveau pacte social, associant pouvoirs publics, syndicats, patronat et société civile.
Pour l’auteur, une revalorisation salariale n’est pas une charge budgétaire, mais un investissement stratégique. En soutenant la consommation intérieure, elle stimulerait la croissance, réduirait les tensions sociales et restaurerait la confiance entre l’État et les citoyens.
Un test de volonté politique
À l’horizon 2026, l’appel de Guillou Bitsutsu-Gielessen pose une question centrale : le Gabon est-il prêt à redonner une valeur réelle au travail ? Dans un pays riche de ses ressources mais pauvre en redistribution, le salaire devient le révélateur d’un choix de société. Plus qu’une revendication sociale, cette tribune s’impose comme un marqueur politique fort : celui d’un combat pour la dignité et l’avenir du Gabon.









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