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Gabon : grève à l’Éducation, le spectre de l’année blanche se précise-t-il ? 

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Alors que la grève des enseignants se prolonge, malgré les premiers gestes du gouvernement, la menace d’une année blanche s’installe progressivement dans le débat public. Entre revendications persistantes, divisions syndicales et lassitude des parents d’élèves, la crise éducative prend une tournure préoccupante pour l’avenir scolaire de milliers d’enfants gabonais.

La crise dans le secteur de l’Éducation nationale s’enlise. À mesure que les jours passent sans reprise effective des cours, l’hypothèse d’une année blanche, longtemps redoutée mais rarement assumée, devient de plus en plus tangible. Sur le terrain, enseignants, parents d’élèves et élèves s’interrogent : jusqu’où ira ce bras de fer entre les syndicats regroupés au sein de SOS Éducation « la base » et le gouvernement ?

Pourtant, du côté de l’exécutif, des signaux ont été envoyés. La prise en charge progressive de certaines revendications financières, l’annonce de la régularisation de situations administratives, ainsi que la perspective de publication de la liste des près de 4 000 dossiers en attente figurent parmi les premières mesures mises en avant par les autorités. Autant d’éléments qui, selon le gouvernement, traduisent une volonté d’apaisement et de résolution durable de la crise.

Des efforts jugés insuffisants par la base enseignante

Ces avancées restent cependant largement contestées par les enseignants grévistes. Réunis en assemblées générales, plusieurs d’entre eux dénoncent des mesures partielles, jugées insuffisantes au regard de l’ampleur des dysfonctionnements accumulés depuis des années. Pour SOS Éducation, la question n’est pas celle d’un début de solution, mais celle d’un règlement global et immédiat des revendications.

Dans ce climat tendu, la ligne de communication du collectif apparaît de plus en plus confuse. Refus de toute reprise des cours, rejet des leaders syndicaux traditionnels, accusations de corruption, absence de porte-parole clairement mandatés : « À l’unisson, ça fait bien, mais ça fait aussi désordre », confie un jeune parent d’élève excédé de voir son fils à la maison. Une cacophonie qui complique le dialogue et alimente l’inquiétude générale.

Année blanche : un non-dit devenu central

Au cœur du malaise, une question demeure sans réponse claire : les enseignants veulent-ils, oui ou non, une année blanche ? Pour de nombreux parents, cette ambiguïté est devenue insupportable. « Il faut arrêter de tourner autour du pot. Si l’année blanche est l’objectif, qu’on le dise clairement », tranche confrère lui aussi parents d’enfants, élèves qui entameront ce lundi, leur quatrième semaine à la maison. Une position partagée par une partie de l’opinion, qui estime que l’absence de clarté empêche toute prise de décision responsable.

Dans un pays en voie de développement comme le Gabon, l’année blanche est perçue comme un scénario catastrophique. Elle compromettrait non seulement les parcours scolaires, mais accentuerait aussi les inégalités sociales, pénalisant en premier lieu les élèves issus des familles les plus modestes.

Entre crise sociale et récupération politique

Au-delà des revendications éducatives, certains observateurs pointent une politisation croissante du mouvement. Sur la base d’un problème réel et ancien, des acteurs politiques tenteraient de greffer d’autres agendas, au risque de rendre le pays ingouvernable. Une lecture qui alimente les soupçons et renforce la fracture entre les différents protagonistes de la crise.

Face à cette situation, les appels à un débat public ouvert se multiplient. Télévisions, archives des précédentes trêves sociales, bilans chiffrés des engagements de l’État : tout devrait être mis sur la table pour permettre une évaluation objective des efforts consentis et des blocages persistants.

L’urgence d’une conciliation responsable

Une chose est désormais certaine : ni le pourrissement de la situation, ni l’année blanche ne peuvent constituer une solution acceptable. La responsabilité est collective. Elle incombe au gouvernement, appelé à accélérer et clarifier ses décisions, mais aussi aux enseignants, invités à se positionner sans ambiguïté sur l’avenir de l’année scolaire.

Car pendant que les débats s’enlisent, ce sont les élèves qui paient le prix fort. Et pour beaucoup de parents, la question n’est plus seulement celle des revendications, mais celle du droit fondamental à l’éducation. À défaut d’un sursaut rapide, le spectre de l’année blanche pourrait bien cesser d’être une menace pour devenir une réalité.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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