Gabon : face au débat sur la peine de mort, SOS Prisonniers appelle à résister à la tentation populiste
La recrudescence récente des enlèvements et meurtres d’enfants au Gabon a ravivé une émotion collective intense et relancé le débat sensible sur un éventuel retour de la peine de mort. Face à l’horreur des crimes signalés ces dernières semaines, l’opinion publique s’interroge sur l’efficacité de l’arsenal pénal en vigueur. C’est dans ce contexte chargé que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a évoqué la question le 8 janvier 2026, lors de la cérémonie de présentation des vœux de l’Administration centrale. Le chef de l’État a invité le Conseil économique, social, environnemental et culturel à conduire des consultations en vue de « soumettre la question au peuple souverain », ouvrant ainsi un débat de société aux implications juridiques, éthiques et politiques majeures.
Cette annonce a aussitôt suscité de vives réactions au sein de la société civile. Ce 9 janvier 2026, l’organisation SOS Prisonniers Gabon a exprimé ses « profondes inquiétudes » dans un communiqué au ton ferme. Rappelant que « la peine de mort a été officiellement abolie au Gabon par la loi n°3/2010 du 15 février 2010 », l’association affirme s’opposer « fermement à toute tentative de retour de cette peine cruelle, inefficace et fondamentalement injuste ». Pour l’ONG, le débat actuel ne doit pas faire oublier que « la peine de mort viole le droit à la vie, un droit fondamental consacré par la Constitution et inscrit dans les instruments internationaux ratifiés par le Gabon ».
Une justice défaillante plutôt qu’un vide juridique
Au-delà des principes, SOS Prisonniers Gabon met en garde contre les risques liés à une justice encore fragile. « Elle est irréversible », souligne l’organisation, estimant que dans un contexte marqué par « des erreurs judiciaires possibles » et une justice « vulnérable aux influences politiques », rétablir la peine capitale serait « irresponsable ». « La police scientifique gabonaise a-t-elle les moyens d’enquêter en profondeur ? Les magistrats disposent-ils des ressources nécessaires pour garantir une justice équitable ? », s’interroge l’association. Pour SOS Prisonniers, le véritable problème n’est pas l’absence de la peine de mort, mais « l’impunité, le manque de volonté politique et l’absence d’une justice véritablement indépendante ».
Pour étayer son propos, l’ONG cite plusieurs affaires restées sans jugement, dont la mort de Karl Stacy Akoué, « torturé à mort en octobre 2023 par des agents pour non-respect du couvre-feu », ou encore celle de Johan Bounda, décédé en décembre 2024 dans les locaux du B2. Autant de cas qui, selon elle, illustrent une justice défaillante plutôt qu’un besoin de sanctions extrêmes. « La peine de mort ne corrige pas l’injustice, elle ne prévient pas le crime », insiste le communiqué, rappelant qu’« aucun lien direct n’a jamais été établi entre la peine capitale et une baisse durable de la criminalité ». Appelant les autorités à « résister à la tentation populiste d’un retour en arrière », SOS Prisonniers Gabon plaide pour une réponse fondée sur la prévention, l’indépendance judiciaire et le respect de la dignité humaine.









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