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Gabon : enlèvement de marins indonésiens au large d’Ékwata, la diplomatie sous pression

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L’enlèvement de neuf marins, dont quatre ressortissants indonésiens, dans les eaux gabonaises au large d’Ékwata, dans la nuit du 10 au 11 janvier 2026, relance les inquiétudes autour de la sécurité maritime dans le golfe de Guinée. Entre exigences de rançon, pressions politiques à Jakarta et impératif de fermeté à Libreville, le dossier place la diplomatie gabonaise à l’épreuve.

Alors que le Golfe de Guinée connaît une recrudescence d’actes de piraterie, un nouvel incident vient raviver les tensions. Dans la nuit du 10 au 11 janvier dernier, le chalutier IB FISH 7, opérant dans les eaux territoriales gabonaises, au sud-est d’Ékwata, a été arraisonné par un commando armé, présenté par plusieurs sources comme composé de pirates somaliens.

Selon des éléments rapportés notamment par Gabonreview dans sa parution du 16 janvier 2026, neuf membres d’équipage ont été capturés lors de l’attaque, parmi lesquels quatre citoyens indonésiens. Si le navire a pu être relâché après un premier versement, les ravisseurs exigeraient désormais une rançon estimée à 500 000 dollars américains pour la libération des otages encore détenus.

Pressions parlementaires à Jakarta

À Jakarta, l’affaire a rapidement pris une tournure politique. Toujours selon Gabonreview, la Commission I du Parlement indonésien (DPR), en charge notamment des affaires étrangères et de la défense, a publiquement interpellé le gouvernement. Mercredi 14 janvier, le député Syamsu Rizal a exhorté le ministère indonésien des Affaires étrangères à agir « rapidement et sans lenteur », rappelant que « la sécurité des ressortissants indonésiens doit être la priorité absolue ».

Le parlementaire a même évoqué le précédent du MV Sinar Kudus, arraisonné en 2011 au large de la Somalie, laissant entendre que Jakarta pourrait envisager des « mesures spéciales » si les démarches diplomatiques n’aboutissaient pas. Une déclaration qui accentue la pression sur Libreville, sommée de garantir la sécurité dans ses eaux territoriales.

Libreville privilégie la voie diplomatique

Côté gabonais, la réponse s’organise dans la discrétion. Le ministère des Affaires étrangères, conduit par Marie-Edith Tassyah-Ye-Doumbénény, pilote une coordination étroite avec l’ambassade d’Indonésie à Libreville, la Marine nationale et l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), fortement impliquée dans la surveillance des espaces maritimes du Sud-Gabon.

D’après Gabonreview, la position des autorités gabonaises demeure constante : éviter le paiement de rançons, afin de ne pas encourager l’économie criminelle de la piraterie, et privilégier soit une issue négociée, soit une option tactique maîtrisée, dans le respect du droit international.

Un test pour la crédibilité sécuritaire du Gabon

Au-delà du sort des otages, cet enlèvement interroge la solidité du dispositif de surveillance maritime gabonais, notamment dans une zone présentée comme stratégique pour la protection des « sanctuaires marins ». Depuis plusieurs années, Libreville communique sur le renforcement de ses capacités navales et sur la coopération régionale dans le golfe de Guinée.

Cet incident, largement relayé par la presse nationale et internationale, vient toutefois rappeler la vulnérabilité persistante de certaines zones côtières. Pour le Gabon, l’enjeu est double : obtenir la libération rapide des marins sans céder au chantage, tout en préservant son image de pôle de stabilité et de sécurité maritime en Afrique centrale.

Dans un contexte de surveillance internationale accrue, la gestion de cette crise pourrait bien servir de test grandeur nature pour la diplomatie gabonaise et sa stratégie de lutte contre la piraterie.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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