Gabon : emploi précaire, promesses politiques et réalité sociale, l’alerte sévère de l’OIT
Alors que les enseignants gabonais sont entrés en grève pour dénoncer une précarité devenue structurelle, le dernier rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT), publié le 14 janvier 2026, jette une lumière crue sur une réalité que le discours politique peine à assumer : la stabilité statistique du chômage ne dit rien de la qualité des emplois. Et au Gabon, malgré les annonces répétées de réformes sociales, la situation demeure largement inchangée.
Le paradoxe est brutal. À l’échelle mondiale, le chômage devrait se maintenir à 4,9 % en 2026, soit environ 186 millions de personnes. Pourtant, derrière cette stabilité apparente, l’OIT décrit une crise silencieuse : près de 300 millions de travailleurs vivent toujours avec moins de 3 dollars par jour, et 2,1 milliards d’actifs occupent des emplois informels, sans protection sociale ni sécurité professionnelle.« La résilience de la croissance et la stabilité des chiffres du chômage ne doivent pas masquer une réalité plus profonde », a averti Gilbert F. Houngbo, directeur général de l’OIT. Une mise en garde qui résonne avec une acuité particulière au Gabon, où l’État promet depuis des mois une “revalorisation du capital humain”, sans parvenir à enrayer la paupérisation des agents publics.
Au Gabon, la précarité comme norme
La grève des enseignants n’est pas un accident conjoncturel. Elle s’inscrit dans une trajectoire longue faite de carrières gelées, d’avancements bloqués, de rappels impayés et de statuts administratifs précaires. Autant de maux que les rapports internationaux documentent, mais que le pouvoir gabonais continue de traiter par des commissions temporaires et des annonces sans calendrier contraignant.
L’OIT rappelle que la qualité de l’emploi — stabilité, protection sociale, rémunération décente — est devenue l’enjeu central des politiques publiques. Or, au Gabon, l’action gouvernementale reste dominée par une logique de court terme, où l’on gère la contestation plus qu’on ne réforme le modèle social.
Jeunesse, femmes : les angles morts de la politique de l’emploi
Le rapport est tout aussi sévère sur la situation des jeunes. En 2025, le chômage des 15-24 ans atteignait 12,4 % dans le monde, avec 260 millions de jeunes classés NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation). Une réalité que connaît bien le Gabon, où des cohortes de diplômés s’entassent dans le sous-emploi ou l’attente administrative.
Les femmes restent également marginalisées : elles ne représentent que deux cinquièmes de l’emploi mondial et ont 24 % de chances en moins que les hommes d’accéder au marché du travail. Là encore, les politiques gabonaises peinent à traduire les discours sur l’inclusion en mécanismes concrets et mesurables.
Entre injonctions internationales et inertie nationale
Face aux mutations technologiques, à l’automatisation et aux tensions commerciales mondiales, l’OIT appelle à investir massivement dans les compétences, l’éducation et les infrastructures productives. Des recommandations que le Gabon reprend volontiers dans ses documents stratégiques, mais dont la mise en œuvre reste lente, fragmentée et souvent déconnectée des urgences sociales.
La crise actuelle des enseignants agit ainsi comme un révélateur : au-delà des chiffres et des promesses, l’État gabonais peine à garantir des emplois décents à ceux-là mêmes qui forment les générations futures. Tant que la question de la qualité de l’emploi restera subordonnée aux effets d’annonce, le malaise social continuera de s’exprimer — dans la rue, dans les grèves et dans une défiance croissante envers la parole publique.Le rapport de l’OIT ne condamne pas le Gabon seul. Mais il rappelle une évidence que le pouvoir ne peut plus esquiver : sans choix politiques clairs et financés en faveur du travail décent, la stabilité sociale restera un slogan, pas une réalité.









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