Gabon : démocratie, paix sociale, sans presse vivante, l’État vacille
La vitalité d’une démocratie ne se mesure pas seulement à ses élections ou à ses institutions, mais à la vigueur de sa presse. Informer n’est pas diffuser mécaniquement des faits : c’est les traiter, les contextualiser, les hiérarchiser. En cela, la presse est un pilier de la stabilité sociale et un levier discret mais décisif du développement durable.
Une démocratie se juge à l’état de sa presse. Il existe un indicateur simple, souvent négligé, pour évaluer la santé démocratique d’un pays : l’état de sa presse. Lorsque les médias sont pluriels, critiques, structurés et libres, la démocratie respire. Lorsqu’ils s’affaiblissent, se taisent ou disparaissent, le pouvoir se referme et la société se fragilise. La presse n’est pas un ornement institutionnel. Elle est un espace de médiation entre l’État et les citoyens, un lieu où les tensions s’expriment avant de se transformer en crises. Là où la parole est organisée, la violence recule.
Informer n’est pas diffuser : la valeur ajoutée journalistique
Contrairement aux réseaux sociaux ou aux canaux de communication brute, la presse ne se contente pas de relayer. Elle traite l’information. Cela signifie : vérifier les faits, contextualiser les événements, donner la parole aux différentes parties, expliquer les enjeux et parfois, temporiser.
Ce travail de transformation de l’information en compréhension collective est fondamental. Une information brute, non traitée, peut attiser les peurs, nourrir les rumeurs, provoquer des emballements dangereux. Une information travaillée, elle, apaise, éclaire et structure le débat public.
La presse comme amortisseur social
Dans les sociétés fragiles ou en transition, la presse joue un rôle souvent invisible mais crucial : elle amortit les chocs sociaux. En donnant de la lisibilité aux décisions publiques, en exposant les dysfonctionnements sans hystérie, en relayant les attentes populaires, elle évite que les frustrations ne s’accumulent dans le silence. Assurément, « quand les gens comprennent ce qui se passe, ils acceptent plus facilement ce qui leur arrive ».
À l’inverse, lorsque la presse disparaît ou est réduite au rôle de simple relais institutionnel, l’information circule de manière anarchique. Les réseaux sociaux prennent le relais, sans filtre ni responsabilité. La paix sociale devient alors fragile, car alimentée par l’émotion plutôt que par la raison.
Un levier méconnu du développement durable
On parle souvent de routes, d’écoles, d’hôpitaux pour définir le développement durable. Mais aucun développement n’est durable sans information fiable.
La presse contribue à la transparence de l’action publique, à la lutte contre la corruption, à l’évaluation des politiques publiques et à la responsabilisation des décideurs. Un citoyen informé est un citoyen acteur. Et une société d’acteurs est plus résiliente, plus stable, plus apte à se projeter dans le long terme.
Quand la presse faiblit, les extrêmes prospèrent
L’affaiblissement de la presse indépendante crée un vide. Ce vide est rarement neutre. Il est souvent occupé par la désinformation, les discours radicaux, les manipulations identitaires, ou la propagande.
Dans ce contexte, l’État peut croire gagner en contrôle. En réalité, il perd en légitimité. Car la stabilité imposée sans médiation finit toujours par se fissurer.
Investir dans la presse, c’est investir dans la paix
Soutenir une presse libre, professionnelle et économiquement viable n’est pas une concession faite aux journalistes. C’est un investissement stratégique pour la démocratie, la cohésion sociale et le développement durable.
Une presse vivante n’est pas une menace pour l’État.
Elle est son assurance-vie démocratique. À l’heure où certains considèrent encore les médias comme de simples relais ou des fauteurs de troubles, il est temps de rappeler une évidence : là où la presse meurt, la démocratie s’essouffle ;
là où elle vit, la société se stabilise et progresse.Sauver la presse, ce n’est pas défendre une corporation. C’est préserver l’équilibre du pays.









GMT TV
[youtube-feed feed=2]