Gabon : crise de confiance entre SOS Éducation et syndicats
La crise qui secoue le secteur de l’Éducation nationale se distingue autant par sa radicalité que par sa configuration inédite. Au cœur du bras de fer engagé avec le gouvernement, un mouvement atypique : SOS Éducation. Contrairement aux organisations syndicales traditionnelles, cette plateforme de revendication ne repose ni sur une hiérarchie formelle ni sur des figures tutélaires clairement identifiées. Elle fonctionne sur un mode horizontal, où les décisions émanent de la base et où les représentants sont désignés de manière ponctuelle, au gré des concertations. Une structuration volontairement souple qui complique l’identification d’interlocuteurs stables pour les autorités, mais qui traduit surtout une rupture profonde avec les mécanismes classiques de médiation sociale.
Cette nouvelle approche est le produit d’une défiance désormais assumée vis-à-vis des centrales syndicales. Selon plusieurs enseignants engagés dans le mouvement, la distance s’est progressivement creusée entre les bases et leurs représentants syndicaux, accusés de n’avoir pas su obtenir des avancées concrètes sur les dossiers majeurs, notamment les carrières administratives et la précarité. « SOS Éducation est le seul et unique interlocuteur du gouvernement dans cette crise. Nous ne voulons plus de corps intermédiaires », a confié un membre du mouvement samedi, lors de l’assemblée générale ayant acté la reconduction de la grève. Une déclaration qui acte clairement la volonté de rompre avec les canaux traditionnels de négociation.
Une rupture consommée avec les centrales syndicales
Dans les prises de parole observées lors de cette assemblée générale, le ton était sans concession La « clochardisation » des enseignants et le maintien d’un statu quo « insupportable » seraient, selon certains membres de SOS Éducation, la conséquence directe de la « compromission des centrales syndicales ». Certains n’ont pas hésité à évoquer des « syndicats corrompus », accusés de ne plus « défendre les intérêts des travailleurs ». Cette défiance s’est matérialisée de façon spectaculaire samedi. Tandis que SOS Éducation tenait son assemblée générale, le SENA et le SYNTECPRO se réunissaient de leur côté en concertation, annonçant eux aussi la reconduction de la grève. Deux cadres, deux méthodes, deux ambiances, pour une même revendication, la régularisation des situations administratives.
Pour le gouvernement, cette fragmentation du front enseignant constitue un défi supplémentaire. L’absence de leadership clairement identifié au sein de SOS Éducation, qui fédère le plus grand nombre d’enseignants mobilisés, complique la conduite des négociations et la recherche de compromis durables. À l’heure où le corps enseignant se trouve à un tournant décisif de sa lutte pour l’amélioration de ses conditions de vie et de travail, une question demeure, cette dynamique portée par un mouvement peu structuré saura-t-elle imposer des résultats concrets ? Pour l’instant, malgré les divergences de forme et de méthode, enseignants syndiqués et membres de SOS Éducation restent unis sur l’essentiel, maintenir la pression sur le gouvernement.








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