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Gabon : création des gabonais de 1er et 2e zone dans le Code de la nationalité !

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À l’heure où l’ordonnance n°0004/PR/2026 du 26 février 2026 portant Code de la nationalité gabonaise est applaudie pour sa fermeté, il est à noter des signaux inquiétants qui sont glissés dans ce nouveau cadre normatif. En effet, dans une société qui prône l’égalité devant la loi pour les citoyens, les articles 57 et 58 dudit Code instituent une hiérarchisation de la citoyenneté. Et ce, sous couvert de protection de la souveraineté nationale.

Ces dispositions passées sous silence depuis la promulgation de ce Code de la nationalité dessinent les contours d’une « nationalité de seconde zone ». Un terme mis en vogue par les experts du domaine qui dépeint un système où l’allégeance juridique ne suffit plus à garantir la plénitude des droits civiques. Puisque ces gabonais « façon façon » pour avoir acquis la nationalité, soit par lien matrimonial ou naturalisation, sont exposés à l’exclusion anticonstitutionnelle.

La nationalité, une partie pour les uns, un tour pour les autres !

Comment cerner ce paradigme inégalitaire et craintif pour l’union nationale ? Il suffit de se référer à l’article 57 qui frappe d’une incapacité électorale absolue toute personne ayant acquis la nationalité. Et ce, qu’il s’agisse par naturalisation, mariage ou droit du sol. Ce néo gabonais est donc interdit d’accès au sanctuaire de la représentation nationale. À savoir la Présidence de la République et le Parlement. Le législateur consacre donc une exclusion, perpétuelle et non susceptible de forclusion.

Laquelle crée d’emblée une rupture d’égalité devant la loi. Un principe pourtant cardinal de tout État de droit et garanti par la Constitution de novembre 2024. Le législateur gabonais va plus loin en instaurant un « délai de viduité politique » de 10 ans pour les scrutins locaux. Même après cette décennie d’attente, le citoyen d’adoption demeure un acteur de périphérie. Un gabonais de seconde zone qui est interdit de siéger au bureau d’un Conseil local. Pour faire clair, il s’agit d’une « capitis deminutio » traduit littéralement par « diminution de capacité ».

Tous gabonais quand on peut ?

La réduction de droit, assumée par l’exécutif porte atteinte directe au droit à l’intégration à un simple acte administratif. Lequel se trouve donc dépourvu de sa démocratie substantive. Que dire de ce schéma de verrouillage de l’imperium qui se dessine allègrement à l’article 58. l’État gabonais érige une barrière hermétique au sein de l’appareil exécutif et régalien. En interdisant à la première génération de nouveaux Gabonais l’accès aux fonctions ministérielles, à la magistrature et au commandement militaire, la loi consacre une présomption de déloyauté.

Il va sans dire que le vice de cette architecture juridique réside dans sa nature héréditaire et discriminatoire. Sapristi ! Priver ces citoyens de l’exercice du pouvoir de commander et de rendre la justice, c’est suggèrer insidieusement que le « sang mêlé » altérerait le discernement patriotique. Au final, cette catégorisation crée une fracture sociologique entre les présumés « autochtones » détenteurs du monopole de la décision publique et les « adrogés », contributeurs fiscaux et économiques, mais parias de la haute fonction publique. Le Gabon serait-il devenu une forteresse identitaire ? 

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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