Gabon : après l’euphorie électorale, l’épreuve de vérité sociale ?
Moins d’un an après la présidentielle d’avril 2025, qui a mis fin à la Transition, le pouvoir gabonais se heurte à sa première grande zone de turbulences. L’enthousiasme de la « Restauration » s’est dissipé, laissant place à une réalité budgétaire tendue et à un front social de plus en plus exigeant. En ce début d’année 2026, l’heure n’est plus aux symboles, mais aux comptes.
La Transition est terminée, l’addition commence. Depuis janvier 2026, l’exécutif ne peut plus se retrancher derrière l’argument de l’héritage ou du caractère provisoire de la Transition. Élu avec une large légitimité populaire, Brice Clotaire Oligui Nguema est désormais jugé sur ses actes. Et sur sa capacité à traduire les promesses électorales en améliorations concrètes du quotidien.
La montée en puissance des revendications sociales, notamment dans l’Éducation, agit comme un test grandeur nature. La grève conduite par SOS Éducation, autour des régularisations administratives et des rappels de solde, révèle un malaise plus profond : celui d’une fonction publique toujours en attente de réponses structurelles.
Le mur budgétaire et la dissonance des discours
Le contraste est saisissant. D’un côté, le Gabon revendique son retour dans le concert des institutions internationales et affiche des ambitions de croissance optimistes, autour de 6,5 %. De l’autre, les signaux financiers se dégradent dangereusement. La récente notation de Fitch Ratings, abaissant la note souveraine du pays à « CC », traduit un risque élevé de défaut et fragilise la crédibilité macroéconomique du pays.
Ce décalage alimente une question centrale : avec quelles marges financières l’État compte-t-il honorer les engagements sociaux attendus ? Paiement des rappels, primes sectorielles, revalorisation des carrières… Autant de mesures promises, mais dont le financement se heurte à une dette sous tension et à la vigilance accrue des bailleurs.
Des signaux d’alerte qui s’accumulent
Au-delà des salaires, plusieurs dossiers emblématiques contribuent à éroder le capital confiance du régime. Les primes impayées des Panthères, dans ce que l’opinion a baptisé le « GabomaGate », ou encore les difficultés persistantes de la CNNII, brouillent le récit d’une gouvernance rénovée et rigoureuse.
Janvier 2026 apparaît ainsi comme un moment charnière. La légitimité sortie des urnes en 2025 ne suffira plus à contenir la contestation si la vie chère, la précarité et les blocages administratifs persistent. Les partenaires sociaux, comme une partie de l’opinion, réclament désormais des décisions mesurables, chiffrées et rapides.
L’heure des résultats
Le message est clair : le temps des annonces et des symboles est clos. Le pouvoir est entré dans la phase la plus exigeante de son mandat, celle où chaque retard nourrit la défiance et chaque incohérence affaiblit la parole publique. Pour l’exécutif, l’enjeu n’est plus seulement politique, il est social et économique : prouver, dans les faits, que la « Restauration » ne se limite pas à un slogan, mais qu’elle se traduit par une amélioration tangible de la condition des Gabonais.








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