Gabon : après la prison, quid de la réinsertion ?
Le 16 mars dernier, l’administration carcérale et le ministère de la Justice, sous la houlette du Dr. Augustin Emane, ont annoncé la libération de 274 détenus dont la rétention avait été jugée juridiquement irrégulière, à l’issue d’un audit rigoureux mené par l’Inspection générale des services judiciaires. Cette initiative, saluée pour son respect de la loi, soulève néanmoins une question majeure, qu’en est-il de la réinsertion sociale de ces anciens détenus ?
Lors d’une interview devant la presse, le Dr. Augustin Emane a rappelé que si la réinsertion lui tient à cœur, elle ne relève pas de la compétence du ministère de la Justice. « Le ministère est chargé de veiller au respect de la loi. Quand elle est violée, la sanction peut passer par la prison. Une fois que les gens sortent, ce n’est pas au directeur de la prison de gérer leur réinsertion ; il y a d’autres administrations plus compétentes. Je n’aime pas m’approprier des compétences qui ne sont pas les miennes », a-t-il précisé.
Quid de la réinsertion, silence du ministère des Affaires sociales
Si la justice assure le respect des procédures légales, la réinsertion sociale de ces individus vulnérables semble laissée en suspens. Le ministère des Affaires sociales, dirigé par le Dr. Armande Longo epse Moulengui, est pourtant censé œuvrer à l’inclusion sociale, alignée sur la vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Le véritable test est là, répondre aux besoins sociaux des anciens détenus et éviter qu’ils ne retombent dans la marginalisation. D’ailleurs par le passé, des projets comme « Éducation à la prison », lancé par l’ancienne première dame Sylvia Bongo Ondimba en 2011, ont montré l’efficacité de la réinsertion par l’éducation et la formation.
En effet, cette initiative avait permis à six jeunes détenus de la prison centrale de Libreville de réussir le certificat d’études primaires en 2012, et en 2022, elle avait accompagné 243 mineurs incarcérés à travers des ateliers de sculpture, de dessin, de code de la route et des cours de soutien scolaire. Face à cette situation, il est urgent pour le ministère des Affaires sociales, de s’inspirer de ces succès. L’oisiveté des anciens détenus augmente leur risque de récidive. L’inclusion sociale ne doit pas se limiter aux haltes-garderies ou aux centres d’accueil.
Elle concerne toutes les personnes en difficulté, y compris les jeunes hommes sortant de prison. Trop souvent abandonnés à leur sort, certains préfèrent même retourner derrière les barreaux. La prison ne doit jamais devenir un refuge. Il est temps que les autorités prennent à bras-le-corps la question cruciale de la réinsertion sociale après la détention.










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