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Gabon : ambitions touristiques affichées, réalité fiscale dissuasive

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Alors que le Gabon peine encore à produire des statistiques fiables sur son secteur touristique, le gouvernement affiche des objectifs ambitieux pour les quatre prochaines années. Mais entre discours volontariste et réalité des coûts d’accès au territoire, notamment les taxes aéroportuaires parmi les plus élevées de la sous-région, l’équation paraît, à ce stade, difficilement tenable.

Une stratégie verte aux objectifs chiffrés. À l’issue d’un entretien tenu le 9 janvier 2026 avec le Haut-Commissaire du Royaume-Uni au Gabon, Simon Day, le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement, du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, a décliné la vision touristique portée par l’exécutif.

Cette stratégie repose sur un axe central : la valorisation du patrimoine naturel gabonais et la protection des parcs nationaux, présentés comme le principal levier de développement d’un tourisme durable à forte valeur ajoutée. Objectif affiché : atteindre 10 000 visiteurs par an à l’horizon 2030 et générer plus d’un milliard de francs CFA de retombées directes au profit des communautés locales.

Sur le papier, l’ambition est louable. Dans les faits, elle se heurte à plusieurs obstacles structurels.

Des chiffres absents, un pilotage à l’aveugle

Premier paradoxe : le Gabon ne dispose toujours pas de données consolidées et publiques sur la fréquentation touristique, les nuitées, les recettes ou les profils des visiteurs. Sans statistiques fiables, difficile d’évaluer la performance du secteur, encore plus de projeter une croissance soutenue sur plusieurs années.

Cette absence d’indicateurs interroge la crédibilité même des objectifs annoncés, qui semblent davantage relever de l’intention politique que d’une planification fondée sur des données tangibles.

Le mur des taxes aéroportuaires

Mais l’obstacle le plus dissuasif reste le coût d’entrée sur le territoire gabonais. Les taxes aéroportuaires, récemment révisées à la hausse, alourdissent significativement le prix des billets d’avion à destination de Libreville. Pour un touriste international, le Gabon figure désormais parmi les destinations les plus chères d’Afrique centrale, indépendamment même du coût du transport aérien.

Dans ces conditions, viser 10 000 visiteurs annuels relève presque de la gageure. Le tourisme de nature, ciblé par les autorités, est certes un tourisme de niche, mais il reste extrêmement sensible au rapport qualité-prix. Or, à ce stade, le Gabon cumule prix élevés, accès complexe et infrastructures encore limitées.

Une ambition en contradiction avec les choix fiscaux

Le discours officiel met en avant la protection des parcs, l’écotourisme et les bénéfices pour les communautés locales. Mais dans le même temps, la politique fiscale appliquée au transport aérien agit comme un puissant facteur de découragement pour les voyageurs, les tour-opérateurs et les investisseurs du secteur.

Sans une révision cohérente des taxes aéroportuaires, sans facilitation de l’accès au territoire et sans amélioration visible de l’offre touristique, l’objectif du milliard de FCFA de retombées locales apparaît largement hors de portée.

Entre vision et réalité

Le Gabon dispose d’atouts naturels indéniables. Mais le tourisme ne se décrète pas. Il se construit sur la durée, avec des données fiables, des coûts maîtrisés et une politique d’attractivité alignée sur les ambitions affichées.

À défaut d’un réexamen profond de la fiscalité aéroportuaire, la stratégie présentée par le ministre Maurice Ntossui Allogo risque de rester un exercice de communication, plus qu’un véritable tournant pour le tourisme gabonais.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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