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Gabon : Ali Akbar Onanga dénonce le «triomphalisme budgétaire» après le retour sous programme FMI

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Dans une tribune incisive publiée à la suite du communiqué du ministère de l’Économie annonçant l’entrée du Gabon dans un programme avec le Fonds monétaire international (FMI), Ali Akbar Onanga Y’Obegue, secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG), livre une lecture sévère de la trajectoire budgétaire du pays. Entre critique d’un budget jugé irréaliste et mise en garde contre une austérité aveugle, l’ancien ministre appelle à un ajustement responsable, socialement soutenable et politiquement assumé.

L’annonce, le 21 janvier 2026, de l’ouverture de discussions formelles avec le FMI marque, selon Ali Akbar Onanga Y’Obegue, un tournant majeur dans la gouvernance économique actuelle. Pour le juriste et enseignant à l’Université Omar Bongo, ce choix constitue avant tout « un aveu d’échec » après des mois de discours officiels assurant que le Gabon pouvait se passer de l’appui de l’institution de Bretton Woods.

Un budget 2026 jugé « hors-sol »

Au cœur de la critique figure le budget 2026, initialement arrêté à plus de 7 200 milliards de FCFA avant d’être ramené à 6 358 milliards. L’auteur de la tribune rappelle que ce texte reposait sur une hypothèse de croissance de 7,9 %, largement contestée dès son adoption. « Un château de cartes bâti sur des projections irréalistes », écrit-il, soulignant que le FMI, la Banque mondiale et la BAD tablaient plutôt sur une croissance comprise entre 2 et 3 %.

Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ces alertes ont été ignorées au profit d’une communication politique volontariste. Résultat : quelques mois plus tard, le gouvernement se voit contraint de solliciter l’appui du FMI, reconnaissant implicitement l’insoutenabilité de ses choix budgétaires et la nécessité probable d’une loi de finances rectificative.

Le FMI, une nécessité… mais sous conditions

Si le secrétaire général du PDG critique vivement l’« irréalisme budgétaire » du pouvoir, il adopte toutefois une position nuancée sur le recours au FMI. Dans le contexte actuel de tensions financières, de contraintes régionales au sein de la CEMAC et de fragilité macroéconomique, il estime que cette démarche est « salutaire », à condition qu’elle permette de restaurer la crédibilité du pays et de stabiliser les équilibres économiques.

Mais l’ancien ministre met en garde contre une répétition des programmes d’ajustement structurel des années 1980-1990, dont les conséquences sociales restent vives dans la mémoire collective. « Le Gabon ne peut se permettre une austérité mal calibrée », avertit-il, alors que le front social est déjà sous tension, avec des grèves persistantes dans l’éducation, la santé et d’autres secteurs stratégiques.

Pour un ajustement juste et concerté

Ali Akbar Onanga Y’Obegue plaide ainsi pour une négociation ferme avec le FMI, intégrant des garde-fous sociaux. Il recommande notamment de s’appuyer sur des négociateurs expérimentés, d’élargir l’effort d’assainissement à la lutte contre l’évasion fiscale et à la réduction du train de vie de l’État, et d’adopter un calendrier de réformes progressif.

Enfin, il insiste sur la nécessité d’associer les forces vives de la Nation – syndicats, société civile, partis politiques et secteur privé – à cette démarche. « Le redressement financier ne peut se faire contre la société », souligne-t-il, rappelant que la transparence et le dialogue conditionnent la réussite de tout programme économique.

À travers cette tribune, Ali Akbar Onanga Y’Obegue pose un débat central : comment assainir les finances publiques sans faire payer au peuple le prix d’erreurs budgétaires passées ? Une interrogation qui, au-delà du FMI, renvoie à la responsabilité politique et à la crédibilité de l’action publique dans le Gabon post-transition.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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