Gabon : accueil hospitalier, la volonté affichée du Pr. Elsa Ayo face à la réalité du terrain
Dans une vidéo publiée le 14 février 2026 sur le compte TikTok de Gabon 24, la ministre de la Santé, le Pr. Elsa Joséphine Ayo épse Bivigou, a réaffirmé son ambition de «remettre le patient au cœur de l’action sanitaire » en améliorant l’accueil dans les structures hospitalières publiques. Une volonté saluée, mais dont la mise en œuvre se heurte à des contraintes structurelles profondes.
Invitée sur le plateau de l’émission « Le gouvernement s’exprime » sur Gabon 24, la ministre de la Santé n’a pas éludé une réalité régulièrement dénoncée par les usagers : la qualité de l’accueil dans les hôpitaux publics. « Le problème de l’accueil est récurrent et réaliste au niveau des hôpitaux, c’est pour ça que nous avons pour objectif de rétablir le contrat de confiance entre les praticiens et les patients », a-t-elle déclaré.
Une reconnaissance lucide d’un malaise ancien, amplifié par les témoignages et vidéos relayés sur les réseaux sociaux, montrant des attitudes perçues comme indifférentes, voire méprisantes à l’égard de malades souvent en situation de détresse.
Une ambition confrontée aux réalités du terrain
La ministre affirme avoir engagé des descentes dans les structures sanitaires afin de « sensibiliser » et de « mettre en place des procédures » pour améliorer la prise en charge. Elle annonce également la tenue prochaine d’un forum sur l’éthique et la déontologie en milieu médical. Mais au-delà des intentions, la question demeure : comment traduire cette volonté politique dans un système hospitalier confronté à des difficultés chroniques ?
Les établissements publics souffrent d’un sous-effectif persistant, d’un matériel parfois vétuste, d’une surcharge des services d’urgence et d’un environnement de travail sous pression. Dans certains centres hospitaliers, un médecin peut être amené à consulter plusieurs dizaines de patients par jour. Cette tension permanente fragilise la qualité de la relation soignant-soigné.
À cela s’ajoutent les retards de paiement, les revendications sociales récurrentes du personnel de santé et l’insuffisance de formations continues en communication et gestion des patients. Autant de facteurs qui rendent complexe l’instauration d’une culture durable de l’accueil et de l’empathie.
Rétablir la confiance, un chantier systémique
La problématique du mauvais accueil n’est pas uniquement comportementale ; elle est aussi organisationnelle et budgétaire. Réhabiliter le « contrat de confiance » suppose non seulement des campagnes de sensibilisation, mais également un renforcement des effectifs, une amélioration des conditions de travail et une responsabilisation claire des chefs d’établissements.
Dans un contexte où l’automédication progresse et où certains patients se tournent vers le secteur privé ou les structures informelles, l’enjeu est stratégique. La relation médecin-patient demeure le socle de toute politique sanitaire crédible.
L’engagement du Pr Elsa Ayo marque un signal politique fort. Reste désormais à savoir si les moyens humains, financiers et administratifs suivront pour transformer cette volonté en résultats tangibles. Car en matière de santé publique, l’intention ne suffit pas : seule la réforme structurelle permettra de restaurer durablement la confiance des Gabonais envers leurs hôpitaux.








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