Gabon : abandon d’enfants, un fléau silencieux qui interroge la société
L’abandon d’enfants par leurs parents s’impose aujourd’hui comme une réalité alarmante au Gabon. À travers le pays, les cas se multiplient et sont régulièrement signalés. Le 13 janvier 2026, un nouveau-né a une fois de plus été retrouvé abandonné dans des ordures au quartier Amissa, dans la commune d’Akanda. Ce drame, loin d’être isolé, révèle un malaise social profond et met en lumière les limites de l’action publique face à un phénomène qui prend de l’ampleur.
Face à ces scènes choquantes, une question s’impose : comment une société peut-elle encore tolérer que des enfants soient jetés comme de simples objets ? Si certains avancent les cas de viol ou d’inceste pour tenter d’expliquer ces abandons, d’autres estiment qu’aucune circonstance ne peut justifier un tel acte. Chaque enfant a droit à la vie, à la protection et à l’amour. Pourtant, au Gabon, des nouveau-nés continuent d’être livrés à eux-mêmes, tandis que leurs familles disparaissent sans être inquiétées. Une situation qui appelle à une réaction ferme des autorités. Comme le rappelle régulièrement le Dr Wenceslas Yabas, coordonnateur du Samu social gabonais : « on ne jette pas les enfants».
Un échec des politiques sociales ?
Au-delà de l’indignation, le phénomène de l’abandon d’enfants pose la question de l’efficacité des politiques sociales et familiales au Gabon. Il met en évidence l’absence d’une politique nataliste cohérente, adaptée aux réalités économiques et sociales des ménages. Si l’État affiche une volonté de promouvoir la natalité, les mesures d’accompagnement restent largement insuffisantes. La prime de naissance, versée une seule fois sous forme de layette, est estimée à environ 50 000 FCFA. L’allocation familiale, quant à elle, ne s’élève qu’à 5 000 FCFA par enfant, versée par semestre, un montant dérisoire face au coût réel de l’éducation et des soins d’un enfant.
À cela s’ajoute l’allocation de rentrée scolaire, fixée à 62 500 FCFA et versée tardivement, entre septembre et décembre. Plus grave encore, aucune ligne budgétaire n’a été prévue pour assurer la gratuité des accouchements en 2024, exposant ainsi de nombreuses femmes, souvent démunies, à des choix tragiques. Cette situation interroge directement la responsabilité de l’État, qui ne peut se contenter de condamner les abandons sans offrir de véritables solutions de prévention et de prise en charge.
Les recommandations issues du Dialogue national inclusif (DNI) d’avril 2024, notamment celles relatives à la mise en place d’une politique nataliste adaptée et protectrice, demeurent à ce jour lettre morte. Pendant que les engagements tardent à se concrétiser, des vies innocentes continuent d’être mises en danger. Il est donc urgent que le gouvernement, en particulier le ministère des Affaires sociales et de la Famille, sorte de l’inaction et traduise ses promesses en actes concrets. Car au-delà des discours, l’abandon d’enfants est un drame humain qui engage la responsabilité collective, mais surtout celle de l’État, garant de la protection des plus vulnérables.









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