Gabon : 9 milliards pour l’éducation populaire et la culture, mais engloutis dans les salaires
Dans la Loi de finances 2026, la culture et l’éducation populaire, regroupées sous la mission 6, héritent d’un budget de 9,4 milliards de FCFA, en légère hausse par rapport aux 9,2 milliards de 2025. Sur le papier, l’effort peut sembler louable. Dans les faits, cette progression de 182 millions de FCFA apparaît marginale et surtout peu porteuse de transformation. L’analyse de la structure des dépenses révèle une constante préoccupante, l’essentiel des crédits est absorbé par les charges de fonctionnement, principalement les salaires, au détriment de l’investissement et des actions de terrain.
Selon les prévisions budgétaires, les dépenses de personnel atteindront jusqu’à 8,5 milliards de FCFA en 2026, soit la quasi-totalité de l’enveloppe globale. Les crédits restants, destinés aux biens et services ou aux transferts, demeurent résiduels. Cette répartition interroge la capacité réelle de l’État à faire de la culture et de l’éducation populaire des leviers de cohésion sociale, de civisme et de patriotisme, alors même que ces secteurs sont régulièrement présentés comme stratégiques dans le discours politique.
Des secteurs stratégiques privés de moyens d’action
Dans le détail, l’éducation populaire, pourtant présentée comme le socle d’une société disciplinée et responsable, ne bénéficiera que de 103 millions de FCFA en 2026, un montant identique à celui de 2025. Plus alarmant encore, près de la moitié de cette enveloppe sera consacrée aux dépenses de personnel, laissant très peu de marge pour des programmes concrets à destination des jeunes, des quartiers ou des associations. Ce budget gelé traduit un manque d’ambition pour un secteur censé structurer durablement le tissu social.
La culture concentre, quant à elle, la plus grande part de la mission avec 5,5 milliards de FCFA. Mais là encore, la logique budgétaire pose problème, 4,9 milliards servent à rémunérer le personnel. Les moyens réellement disponibles pour la création artistique, la valorisation du patrimoine, l’accès à la culture ou le soutien aux industries culturelles restent limités. À l’heure où le pays cherche à renforcer le sentiment d’appartenance nationale, ce budget apparaît largement en deçà des enjeux.
Pour sortir de décennies de léthargie, un choix plus audacieux s’imposait. Investir massivement dans les quartiers, construire des centres culturels et de loisirs, développer des médiathèques et renforcer le rôle des associations culturelles aurait permis de donner un contenu concret aux ambitions affichées. En l’état, le budget 2026 semble surtout destiné à faire fonctionner l’existant, sans impulser la dynamique nécessaire à une véritable renaissance culturelle et citoyenne.









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