Gabon : 50% du budget d’investissement non exécuté !
C’est un diagnostic d’une rare lucidité qui figure dans la version préliminaire du Plan national de croissance et de développement (PNCD 2026-2030). Le document officiel révèle une faille systémique au cœur de l’État gabonais : près de la moitié des fonds alloués à l’investissement public n’est jamais dépensée. Ce taux d’exécution, qui plafonne péniblement à 50 %, explique en grande partie le déficit chronique d’infrastructures de base dans le pays.
Comment expliquer qu’un franc sur deux destiné aux routes, aux hôpitaux ou aux écoles reste lettre morte ? Le PNCD pointe une chaîne de défaillances quasi structurelles. Entre l’absence d’études de faisabilité sérieuses, le manque de planification pluriannuelle et des lourdeurs administratives persistantes, de nombreux projets sont inscrits au budget sans être prêts. Résultat : ils sont abandonnés avant même le premier coup de pioche, faute d’exécution avant la fin de l’exercice budgétaire.
À ce pilotage à vue s’ajoute un déséquilibre budgétaire flagrant. Les dépenses de fonctionnement, portées par une masse salariale imposante, absorbent plus des deux tiers des ressources de l’État. L’investissement, réduit à la portion congrue (environ 3 % du PIB), subit en plus cette incapacité chronique à consommer les crédits disponibles.
L’ombre de la malgouvernance
Au-delà de l’incompétence technique, le rapport soulève la question sensible de la transparence financière. Si le document évoque la corruption de manière générale, il reste évasif sur la destination réelle de ces fonds non consommés. Pourtant, le diagnostic de Gabonreview est plus tranché : l’opacité des marchés publics, le recours systématique au gré à gré et les surfacturations créent un terreau fertile aux détournements.
L’ambition du « 90 % » : un défi de crédibilité
Pour la période 2026-2030, le gouvernement affiche une ambition forte : faire passer le taux d’exécution du budget d’investissement à plus de 90 %. Cette promesse de rupture repose sur la modernisation de la gestion publique et la digitalisation des procédures.
Cependant, le scepticisme demeure. Ce n’est pas la première fois que de telles réformes sont annoncées. Pour que le PNCD ne rejoigne pas la pile des plans restés sans suite, les autorités devront transformer cet aveu de faiblesse en une véritable volonté politique de reddition des comptes.










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