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Gabon : 23 mars férié, Camélia Ntoutoume-Leclercq au-dessus de la loi?

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Une note de service émanant du Secrétariat Général du Ministère de l’Éducation Nationale a soulevé un vif débat juridique sur la hiérarchie des normes et la répartition des compétences régaliennes en République Gabonaise. Et pour cause, par la note N° 000582/MENIC/SG, l’administration de Camélia Ntoutoume-Leclercq s’est arrogée la prérogative de qualifier la journée du lundi 23 mars 2026, dédiée à la commémoration de la Journée de l’Enseignant, de « fériée ». 

Si l’hommage rendu au corps enseignant et à la mémoire d’une des illustres filles du pays Martine Oulabou fait l’unanimité, la forme juridique employée soulève une question de légalité fondamentale. C’est d’ailleurs le député du 2eme siège d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi qui l’a posée.. « Le Ministère de l’Education Nationale a-t-il compétence pour arrêter un jour férié ? ». Ce qui remet au goût du jour la question de la possibilité ou non d’un ministère sectoriel de décréter une journée fériée.

Excès de zèle ou méconnaissance des textes ?

Si d’aucuns y voient une méconnaissance des textes, il est difficile de justifier dès lors le fait que le secrétaire général dudit ministère argue que la décision emane de l’arrêté n° 000008/MENIC du 30 janvier 2026 modifiant le calendrier scolaire. Une chose semble d’ores et déjà évidente c’est que le ministère dirigée par Camélia Ntoutoume-Leclercq semble avoir confondu la « suspension des cours » avec le régime juridique du « jour férié ». Doit-on rappeler que la compétence pour déclarer une journée fériée est dévolue exclusivement au Ministère du Travail.

Cette prérogative s’appuie en vertu du décret n° 00727/PR/MTEFP du 29 juin 1998, modifié par le décret n° 000484/PR/MTE du 26 mai 2004. Il va sans dire que cette annonce revêt un caractère arbitraire, car elle méconnaît le principe de spécialité des attributions ministérielles. Plus encore, l’usage du terme « férié » au lieu d’une simple interruption d’activités pédagogiques crée une insécurité juridique. En effet, cette cacophonie administrative expose l’État à un précédent dangereux.

Si chaque département ministériel s’octroie la latitude de modifier le régime des jours fériés, c’est l’ensemble de l’ordonnancement de l’administration publique qui risque la désorganisation. Au-delà de la noblesse de la cause des enseignants, le respect des textes qui organisent la vie publique demeure le seul rempart contre l’arbitraire encore trivialement appelé « le tout permis ». Une simple suspension de service, conformément au calendrier scolaire, aurait suffi à concilier hommage et légalité.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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