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Football : sans fondations locales solides, aucune ambition continentale n’est crédible

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Championnats erratiques, clubs à l’abandon, joueurs précarisés, ligue professionnelle défaillante : le football gabonais traverse une crise structurelle profonde. Avant de prétendre rivaliser avec les grandes nations africaines, une évidence s’impose désormais avec force : la reconstruction doit commencer par le local.

Depuis plusieurs saisons, le football gabonais donne le sentiment d’un sport qui avance sans boussole. Le championnat national, pourtant qualifié de « professionnel », peine à exister autrement que sur le papier. Calendriers incertains, compétitions interrompues, saisons qui ne vont pas à leur terme : la régularité, socle de toute pratique sportive crédible, fait cruellement défaut.

Dans ce paysage instable, la responsabilité des instances est directement interrogée. La Fédération et surtout la Ligue nationale de football professionnel (LINAFP), censée structurer et valoriser l’élite du football local, apparaissent incapables d’assurer une organisation fiable. Les annonces se succèdent, les lancements sont précipités, puis les compétitions s’éteignent dans l’indifférence générale. Cette imprévisibilité permanente ruine toute tentative de planification sportive.

Des clubs livrés à eux-mêmes

Les premières victimes de ce désordre sont les clubs. Sans visibilité financière ni garanties institutionnelles, beaucoup survivent dans une extrême précarité. Certains disparaissent, d’autres se retirent en cours de saison, incapables d’assumer les frais logistiques élémentaires. Le football local repose davantage sur la passion et le sacrifice de quelques dirigeants que sur un modèle économique structuré.

Les joueurs, quant à eux, paient le prix fort. Salaires impayés, contrats inexistants ou flous, absence de protection sociale : évoluer dans le championnat gabonais relève souvent de l’exploit. Cette insécurité pousse les meilleurs talents à l’exil, quand elle ne conduit pas simplement à l’abandon du football. Comment espérer élever le niveau quand ceux qui jouent vivent dans une telle incertitude ?

Formation sacrifiée, avenir compromis

La crise ne touche pas seulement l’élite. Les compétitions de jeunes, pourtant essentielles à la construction de l’avenir, sont lancées sans continuité ni vision à long terme. Les jeunes joueurs manquent de matchs, de suivi et de perspectives. Le football féminin, régulièrement évoqué dans les discours officiels, souffre du même mal : saisons irrégulières, faible médiatisation, soutien financier quasi inexistant.

Cette défaillance de la base affaiblit toute la pyramide. Sans championnats locaux solides, il devient impossible de bâtir une sélection nationale compétitive. Les joueurs locaux arrivent en équipe nationale sans rythme, sans repères, tandis que la dépendance aux expatriés s’accentue. Le fossé avec les autres nations africaines se creuse inexorablement.

Reconstruire d’abord chez soi

La tentation est grande de comparer le Gabon aux grandes nations du continent. Mais cette comparaison est vaine tant que les fondations locales restent fragiles. Aucun pays ne s’est imposé durablement sur la scène africaine sans un championnat national structuré, régulier et crédible.

La priorité est donc claire : restructurer le football local. Cela passe par une réforme profonde de la gouvernance, la professionnalisation réelle de la ligue, un calendrier respecté, un accompagnement financier et administratif des clubs, et une protection minimale des joueurs. Sans cela, les discours sur la compétitivité continentale resteront des incantations.

Le Gabon regorge de passion et de talents. Mais sans un chantier sérieux sur le football domestique, cette richesse continuera d’être dilapidée. Avant de prétendre compter parmi les grandes nations africaines, le football gabonais doit d’abord se remettre debout chez lui. La crédibilité internationale commence toujours par la solidité locale.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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