Fonction publique : la discipline par la sanction, et après ?
La décision est tombée sans préavis, tranchante, assumée. En mettant fin aux fonctions de plusieurs membres du cabinet du ministre de la Fonction publique et en suspendant des responsables administratifs, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a voulu envoyer un message clair : l’administration ne peut plus être une zone de confort pour l’absentéisme et l’indiscipline. Une séquence forte, saluée par certains comme un sursaut d’autorité, mais qui pose une question centrale : comment inscrire cette rigueur dans la durée ?
Un mal ancien devenu culture administrative. L’absentéisme dans la fonction publique gabonaise n’est ni un secret ni un phénomène récent. Il s’est progressivement banalisé, jusqu’à devenir une norme tacite. Dans l’imaginaire collectif, être fonctionnaire signifie trop souvent arriver tard, repartir tôt, multiplier les absences sans justification, le tout sans réel contrôle ni sanction. L’État, perçu comme aveugle et indulgent, a longtemps laissé prospérer cette dérive.
Le signal politique : restaurer l’autorité de l’État
La décision présidentielle rompt avec cette passivité. Elle rappelle une évidence souvent oubliée : le fonctionnaire est rémunéré pour servir l’intérêt général, pas pour gérer son agenda personnel. À ce titre, la sanction disciplinaire redevient un outil de gouvernance, non un tabou.
En frappant au sommet d’un ministère stratégique, le pouvoir a choisi l’exemplarité. Le message est double. D’abord, nul n’est intouchable, pas même ceux censés incarner la réforme administrative. Ensuite, la discipline n’est pas négociable. Pour de nombreux observateurs, cette fermeté était attendue. Elle redonne à l’autorité hiérarchique un sens que des années de laxisme avaient vidé de sa substance.
Mais cette méthode a ses limites. La sanction ponctuelle, aussi spectaculaire soit-elle, ne saurait à elle seule transformer durablement les comportements. L’histoire administrative du Gabon regorge de coups de menton suivis de retours rapides aux anciennes pratiques.
Sanctionner, oui. Structurer, surtout
La vraie question est donc celle de l’après. Comment éviter que cette tempête disciplinaire ne se dissipe sans effets durables ? Plusieurs pistes s’imposent. D’abord, la mise en place de mécanismes objectifs de contrôle du temps de travail. Le débat sur le pointage, jadis violemment rejeté, mérite d’être rouvert sans caricature. Dans le secteur privé, il est une norme. Pourquoi l’État devrait-il s’en exonérer ?
Ensuite, la réforme doit s’accompagner d’un management public modernisé. La discipline ne peut être uniquement répressive. Elle doit s’appuyer sur des évaluations régulières, des objectifs clairs, des responsabilités définies et des sanctions graduées mais prévisibles. Sans cadre stable, la peur de la sanction finira par s’émousser.
Entre autorité et justice administrative
Il existe enfin un risque politique : celui de l’arbitraire. Une discipline crédible suppose des règles connues, appliquées équitablement, sans ciblage sélectif ni règlements de comptes. À défaut, la rigueur se transformera en ressentiment, et la réforme en crispation.
La fonction publique gabonaise a besoin d’ordre, mais aussi de méthode. La sanction peut ouvrir la voie, jamais la suffire. Si l’État veut réellement transformer ses agents en modèles de professionnalisme, il lui faudra dépasser le symbole pour bâtir un système durable de contrôle, d’évaluation et de responsabilité.
La question reste donc entière : cette reprise en main marque-t-elle le début d’une réforme structurelle, ou seulement un rappel à l’ordre éphémère ? C’est à l’épreuve du temps, plus qu’à l’effet d’annonce, que se mesurera la crédibilité de cette nouvelle discipline administrative.









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