Fin de la Transition, début de la nouvelle République : le Gabon à l’épreuve de la vérité

Après la Transition ouverte le 30 août 2023, le Gabon entre dans une nouvelle phase institutionnelle. L’heure n’est plus aux slogans ni aux symboles, mais à la preuve par les actes. En 2026, les espérances suscitées par la rupture politique devront se traduire en résultats concrets, mesurables et durables. Le pays peut-il enfin convertir son immense potentiel en progrès réel, ou retombera-t-il dans les travers d’hier ?
30 août 2023 : une rupture sans chaos, mais inachevée. Le 30 août 2023 a marqué une cassure historique avec le système Bongo-PDG. Contrairement à de nombreux coups de force sur le continent, le Gabon n’a pas sombré dans le chaos : l’administration a continué de fonctionner, l’armée est restée disciplinée, les frontières sous contrôle. La chute du régime d’Ali Bongo Ondimba a été vécue par une large frange de la population comme une libération politique, mettant fin à un cycle perçu comme héréditaire et confisqué.
Des jalons ont été posés : audits, enquêtes, arrestations, mises sous scellés de biens. Ces actes ont fissuré, au moins symboliquement, le sentiment d’impunité. Sur le plan international, le pays n’a pas été isolé : relations diplomatiques maintenues, dialogue avec les partenaires préservé, crédibilité partiellement restaurée.
Des échecs persistants qui minent la promesse de rupture
Mais la Transition n’a pas changé le quotidien des populations. La vie chère demeure, le chômage reste endémique, les services publics — santé, éducation, eau, électricité — continuent de décevoir. Pire, des pratiques d’hier persistent : soupçons de fraudes lors des législatives, détournements présumés de fonds publics, et la persistance de crimes violents, dont le drame du jeune Pascal Cameron, rappelant cruellement les failles de la protection des citoyens.
À cela s’ajoute le recyclage de figures de l’ancien système. La rupture annoncée se heurte à des continuités qui brouillent le message et affaiblissent la confiance.
Le procès Bongo-Valentin, miroir d’un État capturé
Le procès Bongo-Valentin agit comme un révélateur brutal. Il expose comment un pays potentiellement riche a été méthodiquement pillé par une caste préoccupée par l’accumulation personnelle plutôt que par l’intérêt général. Routes dégradées, écoles délabrées, hôpitaux sinistrés : ce procès est autant judiciaire que moral et historique. Il met à nu un État capturé, et pose une exigence : tirer toutes les conséquences, identifier les responsabilités, réparer, et refonder.
L’un des angles morts de la Transition demeure l’absence d’un audit général et exhaustif de la Nation dès l’entrée en fonction du nouveau pouvoir. Un tel exercice aurait permis de mesurer précisément l’ampleur des dégâts, d’établir les responsabilités et de bâtir des réponses adaptées aux maux hérités des années précédentes.
L’état des lieux est pourtant alarmant : système éducatif peu performant, justice minée par la corruption, santé rurale exsangue, infrastructures provinciales en décomposition, dette frôlant les 80 % du PIB, pauvreté endémique malgré une richesse nationale avérée.
Gouvernance : la question centrale demeure
Pourquoi le Gabon ne décolle-t-il pas ? La réponse renvoie à la gouvernance : corruption systémique, absence de planification rigoureuse, faiblesse de l’exécution, refus trop longtemps assumé de rompre avec les démons du passé. Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, l’a lui-même reconnu dans son discours du 31 décembre 2025, pointant les failles du système électoral, la transhumance politique, l’abus des procurations et l’insuffisance de la lutte contre l’abstention.
Il a aussi dénoncé ceux qui « confondent service public et intérêts privés » et revendiquent sans honte la prédation. Le diagnostic est posé. Reste l’action.
2026 : l’année du courage politique
Le Gabon dispose d’atouts exceptionnels : pétrole, manganèse, or, terres fertiles, forêts abondantes, et surtout des femmes et des hommes compétents et patriotes. Mais ces ressources ne produiront rien sans décisions fortes, sans discipline de l’exécution et sans une rupture assumée avec les pratiques prédatrices.
2026 doit être l’année du courage politique : audits complets, sanctions effectives, réformes administratives visibles, investissements ciblés, protection réelle des citoyens, et résultats tangibles. Les discours ne suffiront plus. Le temps du symbole est clos ; celui de l’action commence.
La Transition a ouvert une brèche. La République qui s’installe devra la transformer en chemin. Le contribuable attend des preuves, pas des promesses. Le Gabon est à l’épreuve de la vérité.









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