Éducation, FMI, institutions : Gabon face à un test de crédibilité

Éducation en grève, institutions bousculées, économie sous surveillance, environnement fragilisé. En ce début d’année 2026, le Gabon de la Vème République n’est plus dans le temps des discours, mais dans celui des preuves.
Le pays traverse un moment charnière. Rarement les lignes de fracture auront été aussi visibles, aussi simultanées, aussi révélatrices. Crise sociale dans l’Éducation nationale, débats sur la médiation et l’autorité de l’État, retour du FMI dans l’équation économique, annonces énergétiques structurantes, alertes environnementales inquiétantes : tout converge vers une même interrogation centrale. L’État gabonais est-il capable de transformer l’intention politique en action effective ?
L’école au bord du point de rupture
La grève qui paralyse l’Éducation nationale est devenue bien plus qu’un mouvement social. Elle est désormais un test de crédibilité. D’un côté, un gouvernement qui affirme avoir consenti un effort budgétaire inédit, mobilisant des milliards de francs CFA dans un contexte de marges financières étroites. De l’autre, des collectifs d’enseignants qui maintiennent la pression, refusent l’audit de transparence et laissent planer, parfois sans l’assumer frontalement, le spectre d’une année blanche.
Entre les deux, des parents d’élèves épuisés, des élèves otages d’un bras de fer et une société qui s’interroge. Peut-on durablement sacrifier l’école au nom d’un conflit de méthode ? Peut-on défendre une cause juste en acceptant un désastre collectif ? À ce stade, la question n’est plus seulement salariale. Elle est morale, politique et nationale.
Médiations brouillées, institutions fragilisées
La crise éducative a mis en lumière une autre faille : celle du fonctionnement institutionnel. Dans une République structurée, la médiation obéit à des règles, des compétences, une architecture claire. Or, le recours à des intermédiaires improvisés, à des médiateurs de circonstance, brouille les rôles et affaiblit l’État.
Quand le Président de la République se retrouve sollicité en première ligne, avant même l’épuisement des mécanismes institutionnels, une question s’impose : qui gouverne réellement ? Et selon quelles règles ? La restauration de l’autorité de l’État ne peut se faire dans la confusion des responsabilités.
Le FMI, miroir de la crédibilité économique
Sur le front économique, les marchés ont envoyé un signal sans ambiguïté. L’annonce d’un programme de réformes soutenu par le FMI a immédiatement fait bondir les obligations gabonaises. Les investisseurs saluent l’engagement, anticipent une discipline budgétaire retrouvée et une trajectoire plus lisible.
Mais cet enthousiasme financier est conditionnel. Le FMI ne finance pas des intentions, il accompagne des réformes. L’État est désormais attendu sur l’exécution, la rigueur et la cohérence. Toute hésitation, tout recul, toute contradiction interne sera sanctionnée, non par les discours, mais par les chiffres.
Énergie et environnement : entre promesses et alertes
La réception de la première phase de la centrale thermique à gaz de Mayumba illustre une ambition énergétique assumée : souveraineté, réduction des délestages, valorisation du gaz. C’est un signal positif, attendu, structurant.
Mais, dans le même temps, les accusations de pollution impliquant des opérateurs pétroliers rappellent une réalité moins reluisante. Peut-on parler de développement sans responsabilité environnementale ? Peut-on bâtir une souveraineté énergétique en fermant les yeux sur les atteintes à la faune, à la flore et aux populations riveraines ? Là encore, l’État est attendu au tournant.
Le temps des choix clairs
Tout converge vers une même conclusion : le Gabon est entré dans le temps des décisions tranchées. Il ne suffit plus d’annoncer. Il faut arbitrer. Il ne suffit plus de dialoguer. Il faut conclure. Il ne suffit plus de promettre. Il faut exécuter.
L’école ne peut pas être sacrifiée. Les institutions ne peuvent pas être contournées. L’économie ne peut pas être gérée dans l’approximation. L’environnement ne peut pas être la variable d’ajustement.
2026 n’est pas une année ordinaire. C’est une année de vérité. Et l’histoire retiendra moins les discours que les actes posés.









GMT TV
[youtube-feed feed=2]