Derniers articlesSOCIETE

Digitalisation au menu : pendant que la police clique, les braqueurs courent

Ecouter l'article

Lundi 16 février 2026, au Commandement en Chef des Forces de Police Nationale, le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a assisté, après la traditionnelle levée des couleurs, à la présentation de trois projets stratégiques censés « révolutionner » la marche des forces de sécurité. Au menu : digitalisation, automatisation, modernisation. Bref, la police 2.0 est en marche.


Pendant ce temps, dans les quartiers de Libreville, d’Akanda, d’Owendo, de Ntoum et de plusieurs villes de l’intérieur du pays, les braqueurs, eux, n’ont pas attendu la fibre optique encore moins la fameuse 5G fictive vendue allègrement par un certain opérateur au nez à la barde du régulateur.

SITA : quand la promotion devient numérique

Premier projet : le SITA, Système Informatisé du Tableau d’Avancement. Objectif affiché : lutter contre les passages frauduleux en grade et les promotions « à titre exceptionnel » un peu trop… exceptionnelles.

En clair, on veut désormais empêcher que certains galons poussent plus vite que le manioc en saison des pluies. Très bien. Mais dans les commissariats où l’on manque parfois de carburant pour les patrouilles, l’urgence était-elle vraiment le tableau Excel des promotions ? Le brigandage nocturne, lui, n’a pas attendu d’être digitalisé.

FARIAJ : la traque high-tech

Deuxième innovation : le FARIAJ, Fichier Automatisé de Recherche d’Identités et d’Antécédents Judiciaires. Un outil présenté comme révolutionnaire, capable de tracer « les indélicats où qu’ils se trouvent sur le territoire national ». Magnifique. Sur le papier, les délinquants tremblent déjà devant l’algorithme. Sur le terrain, les habitants tremblent toujours devant les coupe-coupe.

Car si la technologie promet la célérité des procédures, elle ne remplace ni la présence policière visible, ni la réponse rapide aux appels d’urgence. La fibre optique ne court pas derrière les motos sans plaque.

Loi de programmation 2026-2030 : tout est prévu, sauf l’immédiat

Enfin, le ministre a échangé avec le Haut Commandement autour de la loi de programmation sécuritaire 2026-2030. Équipements, formations, infrastructures : tout est planifié sur cinq ans. Cinq ans. Dans certains quartiers, on aimerait déjà sécuriser les cinq prochaines nuits. La décentralisation ? Elle attendra. L’insalubrité urbaine qui nourrit l’insécurité ? Patience. Les braquages à répétition ? En cours de digitalisation. Personne ne conteste la nécessité de moderniser la police nationale. Numériser enfin les procédures, fiabiliser les fichiers des plaintes et autres, structurer les carrières des personnels: c’est indispensable. Surtout à l’heure du tout numérique comme cela se véhicule dans les salons feutrés. 

Mais à force de parler de systèmes intégrés et de tableaux de bord quinquennaux, on oublie une vérité simple : la sécurité, pour le citoyen, ce n’est pas un logiciel. C’est une présence. Une réactivité. Une dissuasion. Pendant que l’on présente des powerpoints au Komo, les habitants, eux, aimeraient surtout que la police arrive avant la fin du braquage. La digitalisation est en marche. Reste à espérer que la sécurité suive.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

[youtube-feed feed=2]
Bouton retour en haut de la page