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De la Lumière aux Ténèbres, de Didjo Divungi Di Ndinge à Veolia : la mort du Soleil

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La sagesse veut que l’Homme parle et raconte sans accuser. Alors nous n’accuserons pas mais parlerons directement au Lion, roi de la forêt, pour que si la luciole lui dit comment éclairer la nuit et les nuages comment répandre de l’eau sur la Terre, les éphémères et les carpes n’arrêtent pas le message de la possible vérité salvatrice. Si le rôle du Nganga est de soigner les malades, celui du chasseur est d’apporter de la viande au village : Jean Aicard. 

L’histoire commence donc ainsi : Il était une fois, dans le pays des blancs, deux hommes se rencontrant dans une classe d’ingénierie électromécanique. L’un se nommait Jacques Libizangomo Joumas et l’autre Michel Bougue (auteur de « Lignes électriques aériennes à très haute tension : Théorie, technique, pratique et anecdotes »). Si le premier était ami et frère de mon défunt père, j’ai eu le privilège de travailler avec le second à la traduction en anglais des quatre tomes de son ouvrage académique chez Eskom en Afrique du Sud. C’est donc ce dernier qui me raconta l’histoire de leur amitié et celle de Kinguélé et Tchimbélé. 

Histoire : une lumière pour le peuple

Les années 60s

À la fin des années 60s, Mr Libizangomo Joumas contactait son ami Michel Bougue, à la demande de feu El Hadj Omar Bongo Ondimba. Spécialiste des lignes et postes de transformation électrique, ce dernier sera en charge de conduire les équipes qui avaient conçu, construit et commissionné les lignes Kinguélé – Bisségué – Belle Vue 3 (quartier Kinguélé) de 90kV et 220kV. Il avait également travaillé sur celle de Tchimbélé – Bisségué – Belle Vue 3 de 90kV.

Les années 70s

En 1973, le barrage hydroélectrique de Kinguélé était mis en service par deux lignes de 90kV et 220kV sur isolant en verre. Elles parcourent deux corridors d’environ 107km chacun. Ce barrage fut à son plein potentiel en 1978 (57,6 MW). Il alimentait le vieux Libreville de plein-ciel au Palais Rénovation, et du Lycée Technique National Omar Bongo à l’aéroport international Léon MBA. Mr Didjob Divungi Di Ndinge avait été nommé Directeur Général de la SEEG en 1974. En 1978, la population de Libreville était estimée à 214 000 habitants. Sur une base de 5 habitants par maison à Libreville, nous avions approximativement 42 800 maisons x 4,5kVA = 192 600kVA donc 192,6 MW à la demande. Sur une puissance installée de 57,6 MW, Libreville domestique avait donc un déficit énergétique de 135 MW. Toutefois, en 1978, moins de la moitié de Libreville était demandeuse de compteur électriques et les domiciles avaient moins d’appareils électroménagers que de nos jours. La stabilité avait donc été faite par l’équipe Divungi. La construction de Tchimbélé se poursuivait.

Les années 80s   

En 1980, Tchimbélé et sa ligne de 90kV à isolants de verre sur un corridor d’environ 108km était mise en service. Il générait 68 MW pour un total de 125,6 MW à la production et 119,32 MW au transformateur de Belle Vue 3 (Kinguélé) à cause des 5% de pertes au transport pour des lignes neuves. 

En 1980, la population de Libreville était estimée à 234 000 habitants ; donc sur une base de 5 habitants par maison, nous avions 46 800 logements. La demande domestique était donc de 210 MW qui s’équilibrait si les habitudes et conditions sociales restaient les mêmes qu’en 1978 (environ 50% de la population demandeuse d’électricité). 119,32 MW étaient donc un assez-bon équilibre pour les populations, l’industrie et les bâtiments administratifs. 

En 1981, Mr Divungi Di Ndinge quittait la SEEG et était remplacé par Mr André Paul Apendina qui avait Mr François Ombanda pour Directeur Général Adjoint de 1981 à 1988. De 1988 à 1997 ce dernier, devenu Président Directeur Général de la SEEG, prépare sa privatisation sous le regard de Mr Paul Tougui.

Entre 1970 et la fin des années 80s, la fourniture en eau potable avait un caractère social sous la Présidence de feu El Hadj Omar Bongo Ondimba. Ce qui justifie la présence, dans le passé, de fontaines publiques un peu partout dans les quartiers populaires de Libreville, Port-Gentil et autres grandes villes du Gabon. Feu El Hadj Omar Bongo Ondimba avait compris l’importance de conserver l’eau pour le peuple ; une eau propre et hygiénique ; une eau bon marché pour certains et gratuite pour les plus démunies. La bonne réticulation hydraulique était donc faite dans les quartiers résidentiels : châteaux d’eau de SOTEGA, Derrière l’Hôpital et la Prison et Rond-Point du 12 Mars (Démocratie). Une réticulation simple et bien organisée. Dans les quartiers populaires de Belle Vue 1, 2, Kinguélé, Avéa etc., seules les maisons sur les axes principaux étaient alimentées directement. La vente de l’électricité soutenait la production et la distribution de l’eau comme pour le cas de la poste et des télécommunications (OPT).   

Les années 90s    

Elles représentent les années du début du déluge. Qui est-ce qui était arrivé à convaincre feu El Hadj Omar Bongo Ondimba du bienfait de privatiser la SEEG ? Mr Didjob Divungi Di Ndinge n’avait-il pas bien géré cette boite ? 1974 à 1981 démontre son efficacité et celle de son équipe. Les années Apandina et Ombanda également. 

En Juillet 1997, une compagnie commerciale française nommée Veolia prenait la tête de la SEEG à 51% pour 49% à l’État Gabonais. Des accords étaient signés et le Gabon était le grand perdant. La SEEG part de son corps de métier d’ingénierie à celui de commerçant. Objectif : je suppose un Retour sur les Actifs (RoA) qui signifie que l’on utilise les infrastructures pour en tirer profit au maximum sans les renouveler. C’est la stratégie du plan de dépendance post-convention (dès que la convention est terminée, appelez-nous à nouveau pour vous aider). Lire comme dans le livre de l’Apocalypse.

Le Centre des Métiers (CDM) est en déclin. Les ingénieurs Gabonais deviennent des commerciaux. Qui fera le travail de maintenance et d’expansion pour l’État Gabonais ? Tuer la science et l’ingénierie d’un pays c’est le pousser à la dépendance. 

Les années 2000s            

En Novembre 2009, un courrier d’Afrique du Sud contenant une proposition de phagocytose de Veolia était déposé au cabinet du Ministre de l’Énergie. Il proposait la création (1) d’une Agence de Régulation de l’Eau et de l’Électricité, (2) d’une Compagnie de Production d’Électricité, (3) d’une compagnie en charge du patrimoine national et (4) d’un audit financier, des ressources humaines et infrastructurel de la SEEG. (4) qui avait été publiée dans l’Union en début Décembre 2009. Le dossier avait été transmis à Mr Etienne Dieudonné Ngoubou alors Directeur Général de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques par Mr Régis Immongault Tatangani. Ces deux avaient bravement été au centre de la reprise de la SEEG. 

Mr Pierre Lasseni Duboze était nommé, sous le Ministre Ngoubou, Directeur Général de la Compagnie de Production et feu Marcelin Massila Akendéngué son Directeur Général Adjoint. Cette compagnie devient après que feu Massila eu consulté à Johannesburg, Gabon Power Company (GPC). C’est toujours en Afrique du Sud que Mr Désiré Guedon, feu Massila et un autre Gabonais avaient planifier le Complexe Hydroélectrique de Booué et le projet d’électrification et d’adduction en eau potable de 144 villages repartis dans les neuf (9) provinces du Gabon avec Megatron Federal et UBU Investment Holdings.  

L’année 2019 

La bataille avait finalement été gagnée et Veolia quittait le Gabon. Mais le cœur lourd. Il fallait peut-être trouver le moyen de revenir par des alliances. Lesquelles ? Seul Dieu est maitre de tous et les connait.

Mais sans le contrôle de Veolia et du Gouvernement de la République, qu’est-il arrivé à la gestion financière de la boite quand on sait que la SEEG peut autofinancer ses projets d’infrastructures ? Le compte SEEG domicilié à UGB y est-il resté ? Pourquoi les paiements cash existent toujours ? Où est passée la Direction Planification Stratégique (DPS) de Mr Lasseni Duboze et feu Fotsin ? Ça un caméléon ne peut le dire. Son seul rôle est de transmettre le message allégorique au Lion, son roi. Bassé…et bassé encore. 

Cependant, si tes soldats sont forts, pourquoi faire recours à des soldats d’un autre village pour protéger le tien ? Pensons-nous vraiment que si nous décidons de cultiver notre propre champ d’ignames, notre ancien vendeur nous aiderait à labourer ? C’est dur hein….   

Les problèmes actuels : 2026

Depuis près de deux décennies, le Gabon est en proie à une augmentation exponentielle des délestages aussi bien dans son réseau électrique que dans celui de la distribution en eau potable.

Électricité

Nous considérons ici la durée de vie maximale d’une ligne électrique qui est de vingt-cinq (25) ans. Le tableau ci-dessous présente les niveaux de pertes estimées sur le réseau Estuaire (Grand Libreville).

BarrageAnnée de mise en servicePuissance initiale (MW)Lignes de transportPertes en ligne initialesPuissance distribuée (MW)Vétusté (an) Pertes en ligne actuellesPuissance actuelle (MW)
Kinguélé197357,690kV et 220kV5%54,722765%20,16
Tchimbélé 19806890kV5%572050%30

Ces estimations sont faites sur la base de la puissance produite aux dates de mise en service de 1973 et 1980. Et si nous considérons que les 11MW autrefois affectés à l’ancienne cimenterie de Ntoum n’ont jamais été redistribués, la puissance livrée par Kinguélé et Tchimbélé par la SEEG serait actuellement d’environ 20,16MW + 30MW – 11MW = 39,16MW

Ne parlons pas d’autres sources de production ici. Lisons juste ce qui suit pour comprendre que cela ne nous sert à rien d’aller acheter un gâteau de 1000f CFA avec 32f CFA dans sa poche. Les prophètes le savent…amen.   

Demande domestique en électricité  

Notre étude est basée sur la considération de 1 million d’habitants à Libreville et 2,485 millions au Gabon ; une estimation de cinq (5) personnes par maison et 4,5kVA par maison moyen standing (entre 3,5kVA et 5kVA). 

LieuPopulationNo estimatif de personnes par maisonNo estimatif de maisonskVA par maisonDemande en kVADemande (MW)
Libreville1 000 0005200 0004,5900 000900
Gabon2 485 0005497 0004,52 236 5002 236,5

Les demandes réelles domestiques au niveau Libreville et du Gabon en général sont respectivement 900 MW et 2 236.5 MW. Ceci exclu la demande industrielle qui est calculée sur la base des projections d’industrialisation fournies par le Ministère de l’Industrie au Ministère du Plan. Elle est en général 1,5 fois la valeur de la demande domestique ; ce qui nous donne 2 236,5 MW x 1,5 = 3 354,75 MW. 

Cela étant, la demande nationale en énergie électrique est approximativement de 2 236,5 MW + 3 354,75 MW = 5 591,25 MW

Ceci étant, pour une capacité installée d’environ 725MW, le pays aurait un déficit de 4 866,25MW.  

Eau

Quelle est la différence entre le volume produit et le volume vendu ? Connaitre cela aiderait à identifier le premier problème car entre les deux, avant compteur, il y a gaspillage…d’eau traitée donc d’argent. 

Des petites choses comme démontrer le rendement d’une « brigade bleu » qui fait le tour de Libreville en brûlant le carburant et fatigant la mécanique des véhicules bleus…avec quel réel plan d’actions ?  

Et si l’on regardait également la qualité de l’eau distribuée, les distances entre bases de production et les utilisateurs ? Ou encore la relation ou les points de jonction entre les vieilles et les nouvelles réticulations ? Etc…. 

Recadrons le problème :

Si 1 800 clients doivent chacun 200 000f CFA à la SEEG, 360 millions de francs CFA sont dus. Ce n’est pas négligeable mais pas aussi important que le coût des fuites d’eau, des véhicules et du carburant qui ne sont plus uniquement utilisés pour des besoins de service mais pour des activités personnelles. Moins considérable que le piratage de Edan dont on ne parle plus que derrière les arbres de la brousse.     

Après toute cette histoire, le caméléon doit être encore plus prudent. Mais il sait que la solution est là, juste à côté. Et que si Didjob avait pu faire le job, il existe encore des Didjob dans ce pays. Des Libizangomo Joumas, des Apandina, des Ombanda, des Immongault, des Ngoubou, des Massila et des Guedon. Des vrais exemples à suivre. « Le monde se perce » mais ne laissons pas « le monde s’effondrer ». Attention à ne pas laisser mourir le soleil

Histoire à suivre….

Entre temps, que les animaux de la forêt prennent place autour du feu car le caméléon, petit comme ça, parlera à nouveau. 

Dr. Gabriel L. NGOUESSY-GUIBINGA 

Expert en Stratégie et Gestion des Systèmes Électriques et Eau

PhD, MBA, CPLC, CPFA – Wits Business School 

BSc Hons, BSc – Wits University  

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