Cotisations sociales : ce que le nouveau décret change concrètement pour les travailleurs
Actée par décret fin décembre 2025, la réforme des cotisations sociales marque un tournant majeur pour le système de protection sociale gabonais. Si la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) la présente comme indispensable à la survie du régime, la hausse des prélèvements suscite déjà de vives inquiétudes chez les travailleurs, inquiets pour leur pouvoir d’achat.
C’est une information qui s’est imposée brutalement dans le débat public : l’augmentation des cotisations sociales. Inscrite dans le décret n°0487/PR/MASI du 18 décembre 2025, promulgué le 29 décembre, cette réforme modifie en profondeur un dispositif resté quasiment inchangé depuis près d’un demi-siècle.
Pris en application de la loi n°037/2023 du 23 juillet 2023, le texte vient réviser plusieurs dispositions de la loi n°6/75 du 25 novembre 1975, jugée aujourd’hui inadaptée aux réalités économiques, démographiques et financières du pays.
De nouveaux taux, une hausse globale des prélèvements
Concrètement, le décret redéfinit les taux applicables aux différentes branches de la sécurité sociale. Les prestations familiales et de maternité sont désormais fixées à 5 %, les accidents du travail et maladies professionnelles à 2 %, tandis que la branche vieillesse, invalidité et décès passe à 16 %.
Cette dernière est répartie entre 11 % à la charge de l’employeur et 5 % pour le salarié. Résultat : le taux global des cotisations sociales augmente, passant de 18,5 % à 23 %. La principale hausse concerne la branche vieillesse, dont le taux était auparavant de 7,5 %.
Pourquoi cette réforme maintenant ?
À la CNSS, le diagnostic est clair. Selon les autorités de l’institution, le maintien des anciens taux aurait conduit à une impasse financière. Un audit actuariel a notamment alerté sur un risque de cessation de paiement à moyen terme, évoquant un horizon de trois ans sans réforme structurelle.
À cela s’ajoute un déséquilibre démographique croissant, marqué par une augmentation des départs à la retraite et un nombre insuffisant de nouveaux cotisants. Une situation qui menaçait directement la capacité du système à honorer les pensions et prestations sociales.
Un impact immédiat sur le salaire net
Pour les travailleurs, l’effet est tangible. La part salariale des cotisations double, passant de 2,5 % à 5 %, ce qui réduit mécaniquement le salaire net perçu chaque mois. La CNSS précise toutefois que cette évolution ne remet pas en cause le salaire de base contractuel.
En contrepartie, l’institution met en avant des bénéfices à long terme, notamment la sécurisation du paiement des pensions et une possible revalorisation des montants servis aux retraités, dans un contexte où l’âge légal de départ reste fixé à 55 ans.
Inquiétudes syndicales et appel au dialogue social
Si les partenaires sociaux reconnaissent la nécessité de préserver la viabilité du système de protection sociale, les syndicats expriment de fortes réserves. Dans un contexte marqué par l’inflation, la précarité de l’emploi et la hausse du coût de la vie, la réforme est perçue comme un nouveau choc pour le pouvoir d’achat.
Plusieurs organisations syndicales appellent à l’ouverture d’un dialogue social inclusif et à la mise en place de mesures d’accompagnement ciblées, notamment en faveur des bas et moyens revenus.
Une application progressive attendue
Bien que le décret soit promulgué, son entrée en vigueur effective reste conditionnée à la publication des arrêtés d’application. Un délai d’adaptation devrait être accordé aux entreprises, notamment pour la mise à jour des logiciels de paie. Les dossiers de retraite déposés avant la promulgation continueront, eux, d’être traités selon les anciennes règles.
Entre impératif de soutenabilité financière et pression sociale, cette réforme place désormais l’État face à un défi central : préserver le système sans fragiliser davantage les travailleurs.








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