Confessions religieuses : entre foi, vigilance et inquiétudes face à la Ve République
À l’occasion de la présentation des vœux au couple présidentiel, les confessions religieuses, par la voix de l’archevêque métropolitain de Libreville, ont salué la fin ordonnée de la Transition. Mais derrière les bénédictions et les prières, l’Église catholique a exprimé de vives inquiétudes sur certaines orientations actuelles, appelant à une rupture réelle avec les pratiques de l’ancien système.
En formulant leurs vœux de santé, de sagesse et de succès au président de la République et à son épouse, les confessions religieuses n’ont pas esquivé les sujets de fond. Par la voix de Mgr Jean-Patrick Iba-Ba, archevêque métropolitain de Libreville, l’Église catholique a livré un message à la fois respectueux et sans complaisance, mêlant reconnaissance institutionnelle et mise en garde politique.
D’emblée, le prélat a reconnu le caractère exceptionnel de la Transition ouverte par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), saluant le respect du calendrier annoncé avec le renouvellement des institutions exécutives, législatives et judiciaires. Un fait suffisamment rare pour être souligné. Mais, a-t-il prévenu, cette normalisation institutionnelle ne saurait constituer un quitus global.
La crainte d’un retour à “l’ordre ancien”
Car au-delà de la fin formelle de la Transition, l’inquiétude demeure. L’Église dit observer avec perplexité certaines décisions et orientations qui, selon elle, donnent le sentiment d’une résurgence des pratiques que la Transition était censée corriger. « Certaines orientations prises aujourd’hui nous laissent perplexes quant à la véritable rupture avec l’ordre ancien », a déclaré Mgr Iba-Ba, dans une franchise diplomatique assumée.
Dans cette logique, le procès dit de la “Young Team” a été cité comme un révélateur de dérives systémiques persistantes. Pour les confessions religieuses, cette affaire illustre la nécessité d’une lutte beaucoup plus rigoureuse contre la corruption, qualifiée sans détour de « sport national ». Un qualificatif fort, qui traduit l’exaspération face à l’enracinement de pratiques prédatrices au sommet comme à la base de l’État.
Crimes rituels, justice et sacralité de la vie
Le ton s’est fait plus grave encore sur le plan sécuritaire. Les confessions religieuses ont alerté sur le retour des crimes de sang liés à la quête du pouvoir ou des privilèges, exigeant une réponse judiciaire ferme visant aussi bien les exécutants que les commanditaires. « Il est de votre responsabilité de mettre fin de façon définitive à cet état de fait », a insisté l’archevêque, appelant à une tolérance zéro face à ces contre-valeurs.
Pouvoir d’achat et gouvernance morale
Si des avancées infrastructurelles sont reconnues, l’Église a également lancé un cri d’alarme sur la précarité sociale persistante et l’érosion du pouvoir d’achat. Pour 2026, elle appelle à une gouvernance fondée sur la tolérance zéro, la sacralisation de la vie humaine et une justice transparente, tout en réaffirmant sa disponibilité à accompagner l’État dans la construction d’un Gabon apaisé, juste et moralement responsable.









GMT TV
[youtube-feed feed=2]