Communication publique : les portes-paroles face à l’épreuve de la cohérence
Après une séquence de communication gouvernementale jugée confuse par plusieurs observateurs, des voix s’élèvent pour dénoncer un déficit d’assomption politique et une perte de cohérence stratégique. Entre invocation de l’indépendance de la Haute Autorité de la Communication (HAC), éléments de langage mal maîtrisés et dissonances au sommet de l’État, c’est la question de la responsabilité politique qui se trouve posée dans la Vᵉ République.
La crise actuelle ne tient pas uniquement aux décisions prises, mais à la manière dont elles sont expliquées. Dans tout système démocratique, la communication publique n’est pas un simple exercice rhétorique : elle est le prolongement de l’acte politique. Or, lorsqu’un membre du gouvernement affirme que la HAC serait indépendante au point d’échapper à toute forme de rédevabilité, il ouvre un débat institutionnel majeur.
Certes, la HAC n’est pas une institution constitutionnelle au sens strict. Mais dans l’architecture de l’État, aucune autorité administrative ne saurait fonctionner hors de tout principe de responsabilité. L’indépendance ne signifie ni autarcie ni irresponsabilité. Elle implique une autonomie fonctionnelle, non une immunité politique.
L’autonomie ne dispense pas de la responsabilité
Dans une démocratie structurée, les autorités administratives indépendantes rendent compte, directement ou indirectement, à la représentation nationale ou au Chef de l’État. Se retrancher derrière une indépendance abstraite pour éluder le débat revient à alimenter l’impression d’un pouvoir fragmenté, où personne n’assume pleinement les décisions prises.
Plus préoccupant encore est le rôle des porte-parole. Leur mission est d’incarner la cohérence, de donner du sens, d’expliquer sans détour. Lorsque la parole publique semble réciter des éléments de langage sans conviction apparente, ou donner l’impression d’un exercice contractuel déconnecté de la réalité sociale, la crédibilité s’érode. La communication cesse alors d’être un levier de stabilisation pour devenir un facteur d’aggravation.
Stratégie de conquête versus stratégie de gestion
La situation révèle un écart classique mais dangereux : la différence entre stratégie de conquête et stratégie de gestion. La conquête mobilise l’énergie, la rupture, la posture. La gestion exige méthode, constance, pédagogie et capacité d’assumer les arbitrages. Confondre les deux expose à un risque : gouverner comme on a fait campagne.
Ce décalage nourrit aujourd’hui une impression diffuse d’absence de gouvernail. L’ironie, l’inquiétude et le sarcasme qui dominaient hier la critique publique cèdent progressivement la place au ridicule perçu. Or, le ridicule institutionnel est plus corrosif que l’opposition frontale : il installe le doute sur la solidité de l’État.
Le regard du peuple, lui, ne s’attarde pas sur les subtilités organiques. Il observe la cohérence entre parole et action. Dans la Vᵉ République, l’exigence première demeure simple : assumer les décisions, en expliquer la rationalité, en reconnaître les conséquences. C’est à cette condition que la confiance peut être consolidée, et que la gouvernance cesse d’être perçue comme une succession de justifications pour redevenir un cap clairement assumé.









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