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Code de la nationalité : que faut-il attendre d’un Parlement de ‘’béni-oui-oui ?’’

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« Simulacre », « Perte de temps », « Rien à espérer ». Ce sont des réactions qui animent la toile et qui traduisent le scepticisme des populations après l’annonce de l’examen parlementaire de l’Ordonnance n°0004/PR/2026 portant Code de la nationalité gabonaise. Derrière ces formules lapidaires se lit une défiance croissante à l’égard des institutions, perçues comme déconnectées des préoccupations des administrés. La controverse entourant ce texte ne tient pas seulement à son contenu, mais aussi aux conditions de son élaboration. Beaucoup critiquent le mécanisme usité qui favorise une adoption rapide, sans débat public ni inclusion des voix critiques. Dans ce contexte, l’intervention annoncée du Parlement apparaît moins comme une garantie démocratique que comme une formalité institutionnelle, toute chose qui renforce l’idée d’un processus déjà verrouillé.

À l’instar de nombreuses décisions prises sous la transition, cette réforme a surpris par sa précipitation et l’absence de concertation. Mais au-delà de la méthode, c’est la capacité même du Parlement à jouer son rôle qui est en question. Dominé par le parti présidentiel, tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, il peine à incarner un véritable contrepoids. Les rares voix dissidentes disposent d’un espace d’expression limité, insuffisant pour impulser des amendements de fonds. Dans ces conditions, l’examen du texte suscite peu d’espoir. Comment attendre d’une institution structurellement alignée sur l’exécutif qu’elle s’en émancipe soudainement ? Cette dépendance alimente l’idée d’un Parlement réduit à entériner des décisions déjà prises.

Les dispositions les plus controversées du texte illustrent pourtant l’urgence d’un débat sans filtre ni complaisance. L’article 58, en excluant les naturalisés de première génération de certaines fonctions, introduit une rupture d’égalité difficilement justifiable dans un État moderne. L’article 64, quant à lui, ouvre la voie à des interprétations extensives pouvant transformer la nationalité en instrument de pression politique. La possibilité pour l’exécutif de déchoir un citoyen de sa nationalité par décret soulève des inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales. Face à ces enjeux, le silence ou la passivité parlementaire apparaîtraient comme une défaillance et un renoncement à défendre les principes de l’État de droit.

Il revient ainsi au Parlement de démontrer qu’il peut s’affranchir de la tutelle de l’exécutif et exercer pleinement sa mission de contrôle et de délibération. Sans sursaut, il risque de confirmer son image de simple chambre d’enregistrement, incapable de porter les attentes des citoyens qui l’ont élu. Une prise de position courageuse, fondée sur l’intérêt général et le respect des principes démocratiques, pourrait amorcer une reconquête de la confiance citoyenne. Loin de concerner ce seul texte, l’enjeu touche à la vitalité même de la démocratie gabonaise.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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