Chômage : le silence statistique du PNPE, un angle mort de la politique de l’emploi
Alors que des milliers de Gabonais continuent d’affluer vers le Programme National pour la Promotion de l’Emploi (PNPE) dans l’espoir d’une insertion professionnelle, une question essentielle reste sans réponse officielle : combien de demandeurs d’emploi compte réellement le pays aujourd’hui ? Un mutisme institutionnel qui interroge, à l’heure où la transparence est érigée en principe de gouvernance.
Depuis plusieurs années, les files d’attente ne désemplissent pas devant le Programme National pour la Promotion de l’Emploi. Pourtant, derrière cette affluence visible, les chiffres, eux, brillent par leur absence. Les dernières statistiques officielles disponibles remontent à 2018, avec 61 834 demandeurs d’emploi recensés. Huit ans plus tard, aucun nouveau bilan public n’a été communiqué.
Un mutisme qui interroge
Cette situation a été récemment pointée par Direct Infos Gabon dans une publication datée du 8 janvier 2026, qui souligne l’inadéquation entre la fréquentation massive du PNPE et l’absence de données actualisées. Une carence d’autant plus problématique que la loi confie explicitement à l’organisme la mission de « tenir à jour les bases de données des demandeurs d’emploi ».
Dans un contexte marqué par le chômage structurel et la pression croissante du coût de la vie, cette opacité statistique nourrit le doute et fragilise la crédibilité de l’action publique.
Sans chiffres, pas de pilotage
Au-delà du symbole, l’absence de données empêche toute évaluation sérieuse des politiques de l’emploi. Combien de personnes bénéficient réellement des programmes de formation ? Combien sortent du PNPE avec un contrat de travail ? Quels dispositifs fonctionnent, lesquels échouent ? À ces questions pourtant élémentaires, aucune réponse chiffrée n’est disponible.
Dans de nombreux pays, les statistiques du marché du travail sont publiées mensuellement, servant d’outil de pilotage et de redevabilité. Au Gabon, ce silence institutionnel crée un angle mort qui rend toute réforme aveugle.
Un enjeu démocratique et social
Ce déficit d’information n’est pas un simple détail technique. Il constitue un manquement démocratique, car sans données fiables, il n’y a ni diagnostic partagé, ni débat éclairé, ni amélioration possible. Plus grave encore, cette situation affecte directement la confiance des citoyens, pour qui l’emploi n’est pas une abstraction économique mais une condition de dignité.
L’urgence de la vérité des chiffres
À défaut de résoudre à lui seul la crise de l’emploi, le PNPE pourrait au moins répondre à cette exigence minimale : dire la vérité des chiffres. Publier régulièrement des données actualisées, accessibles et vérifiables, serait un premier pas vers une gouvernance plus transparente et plus efficace.
Car sans chiffres, il n’y a ni pilotage, ni résultats mesurables. Et sans résultats, l’espoir d’une insertion professionnelle durable reste, pour beaucoup de Gabonais, une promesse suspendue.









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