CEMAC : Alexandre Awassi appelle à dépasser l’immobilisme et à accélérer l’industrialisation de la sous-région
Réuni à Malabo en Guinée équatoriale, le Parlement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a clôturé le 3 mars 2026 sa première session ordinaire de l’année. Dans un discours empreint de lucidité, le vice-président de l’institution, Alexandre Gilbert Awassi, a dressé un diagnostic sévère des difficultés qui entravent l’intégration régionale, appelant les États membres à honorer leurs engagements financiers et à engager résolument la transformation locale de leurs ressources naturelles.
Réunis depuis le 2 février 2026 dans la capitale équato-guinéenne, les députés du Parlement communautaire de la CEMAC ont achevé leurs travaux par une cérémonie de clôture marquée par une prise de parole dense du vice-président de l’institution, Alexandre Gilbert Awassi. Suppléant le président du Parlement communautaire, empêché, ce dernier a profité de l’occasion pour rappeler les enjeux majeurs auxquels est confrontée l’organisation régionale qui regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad.
Dès l’entame de son discours, le vice-président du Parlement a insisté sur la nécessité de regarder avec lucidité les difficultés que traverse la Communauté. « Une communauté qui n’évolue pas est une communauté qui s’efface », a-t-il déclaré devant les députés et les représentants diplomatiques présents dans l’hémicycle. Un avertissement qui traduit l’inquiétude croissante face à l’immobilisme qui freine l’intégration économique et politique de la sous-région.
Un rapport qui révèle les fragilités de la Communauté
Au cœur des travaux de cette session figurait l’examen du rapport général annuel sur le fonctionnement et l’évolution de la CEMAC pour l’exercice 2025, présenté par le président de la Commission de la Communauté. Ce document, examiné en amont par la Commission des affaires institutionnelles, de la justice, des droits de l’homme et des politiques sectorielles communes avant d’être adopté en plénière le 2 mars 2026, constitue un véritable baromètre de la situation économique et institutionnelle de la sous-région.
Selon Alexandre Gilbert Awassi, l’analyse de ce rapport met en lumière plusieurs déséquilibres structurels qui fragilisent la Communauté. L’un des points les plus préoccupants demeure la rétention par certains États membres de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), ressource essentielle au fonctionnement des institutions communautaires.
« La CEMAC traverse une période financière difficile à cause de la non-rétrocession de la TCI, principale source de financement de nos institutions », a souligné le vice-président du Parlement. Une situation d’autant plus préoccupante que, selon lui, un seul pays sur les six États membres — le Gabon — a effectivement mis en place des mécanismes permettant le prélèvement et la rétrocession régulière de cette taxe.
Une dépendance persistante aux matières premières
Au-delà de cette question budgétaire, le rapport présenté devant les députés met également en évidence la fragilité des économies de la sous-région, encore largement dépendantes des exportations de matières premières et des importations de produits manufacturés.
Dans son intervention, Alexandre Gilbert Awassi a longuement insisté sur la nécessité pour les États membres d’engager une véritable transformation structurelle de leurs économies. Pour lui, la prospérité de la sous-région ne pourra être assurée sans une industrialisation réelle capable de créer de la valeur ajoutée à partir des ressources naturelles.
« Ce n’est pas parce que le Cameroun vend de l’avocat, de l’arachide ou du maïs qu’il sera riche. C’est parce qu’il fabrique de l’huile, des farines ou des produits cosmétiques avec ces matières », a-t-il illustré.
Dans la même logique, il a rappelé que la vente brute des ressources naturelles ne saurait constituer un moteur durable de développement. « Ce n’est pas la vente du pétrole de la Guinée équatoriale ou des minerais du Gabon qui les rendra riches. C’est la transformation de ces acquis qui favorisera inéluctablement la création de valeur ajoutée », a-t-il insisté.
Les obstacles persistants à l’intégration régionale
Les débats parlementaires ont également permis de mettre en lumière les obstacles persistants à la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace CEMAC. Malgré les engagements pris au plus haut niveau, les parlementaires ont relevé la persistance de nombreuses barrières sur les corridors de transport, ainsi que l’absence de brigades mixtes censées faciliter les contrôles et fluidifier les échanges.
À cela s’ajoutent les difficultés liées à l’identification des populations dans certains États membres, un phénomène qui alimente parfois des situations d’apatridie et complique la mobilité des citoyens de la Communauté.
Pour Alexandre Gilbert Awassi, ces problématiques ne sont pas nouvelles et sont discutées depuis plus de deux décennies sans que des solutions concrètes n’aient véritablement émergé. « Nombre des points dont je viens de vous faire l’économie sont discutés depuis plus de vingt ans déjà et malheureusement ne trouvent aucun aboutissement heureux », a-t-il regretté.
Relancer l’esprit communautaire
Face à ces défis, le vice-président du Parlement a appelé les dirigeants et les parlementaires de la sous-région à dépasser les logiques nationales et les réflexes individualistes qui freinent la dynamique communautaire.
S’appuyant sur une sagesse africaine bien connue, il a rappelé que « si l’on veut aller vite, on marche seul, mais si l’on veut aller loin, on marche ensemble ». Une manière de souligner que l’avenir de la CEMAC dépendra de la capacité des États membres à travailler collectivement pour renforcer l’intégration économique et politique de la région.
À l’issue de cette session, les députés ont adopté plusieurs recommandations destinées à renforcer le fonctionnement des institutions communautaires et à accélérer la mise en œuvre des décisions prises par les chefs d’État de la sous-région.
Pour Alexandre Gilbert Awassi, la période d’intersession qui s’ouvre devra permettre aux parlementaires de mener des missions de plaidoyer auprès des gouvernements afin d’obtenir des solutions concrètes pour le financement et le fonctionnement de la Communauté. Un travail diplomatique et politique jugé indispensable pour redonner un nouvel élan à l’intégration régionale en Afrique centrale.










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