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Branchements directs : Philippe Tonangoye détourne-t-il le débat sur la fraude à l’électricité ?

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Alors que le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a demandé la publication de la liste des 2 860 branchements frauduleux identifiés sur le réseau de la SEEG, la communication du ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, suscite interrogations et controverses. Entre annonces partielles et révélations contestées, certains observateurs s’interrogent : assiste-t-on à une stratégie visant à diluer le cœur du problème ?

L’affaire des branchements frauduleux sur le réseau de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) continue d’alimenter le débat public. Lors d’une audience spéciale accordée récemment par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en présence du vice-président du gouvernement et du ministre de la Défense nationale, le chef de l’État avait pourtant donné une instruction claire : rendre publique la liste des 2 860 personnes identifiées comme étant connectées illégalement au réseau de distribution d’électricité.

Selon le compte rendu diffusé par la presse présidentielle, cette mesure devait permettre de lutter plus efficacement contre un phénomène qui fragilise la viabilité financière de la SEEG et pèse lourdement sur la qualité de la fourniture d’électricité dans le pays. Mais plusieurs jours après cette injonction présidentielle, la publication détaillée de cette liste reste attendue.

Une communication qui interroge

Dans l’intervalle, certaines déclarations du ministre Philippe Tonangoye sur Gabon 1ère ont suscité l’incompréhension. Selon des sources proches du dossier, plusieurs localités du pays seraient concernées par des branchements directs au réseau électrique, notamment Booué, Iboundji, Kango, Omboué, Koulamoutou, Libreville, Dienga, Cocobeach, Pana, Bikélé-Nzong ou encore les cité Alhambra et Serpentin dans la commune d’Akanda.

Cependant, le ministre Philippe Tonangoye lors du plateau spécial de la première chaîne nationale a également évoqué des casernes des sapeurs-pompiers ou de la Garde républicaine comme figurant parmi les structures ne payant pas l’électricité. Une affirmation qui a rapidement fait réagir certains observateurs.

En effet, dans la plupart des États, les infrastructures militaires et sécuritaires appartiennent au patrimoine de l’État et leurs charges de fonctionnement — y compris l’eau et l’électricité — sont généralement prises en charge par le budget public. Présenter ces situations comme des cas de fraude peut donc être perçu comme une confusion entre consommation publique et branchement illégal.

Un débat qui se déplace

Cette communication jugée approximative par certains analystes a contribué à déplacer le débat public. Au lieu de se concentrer sur les fraudeurs identifiés et les mécanismes de lutte contre les branchements illicites, l’opinion s’interroge désormais sur la nature réelle des consommations évoquées et sur la responsabilité des autorités.

D’aucuns y voient une illustration de la célèbre formule attribuée à Charles Pasqua : « Quand on est embêté par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien ».

Une hypothèse que certains observateurs évoquent à demi-mot pour expliquer l’embrouillamini qui entoure désormais ce dossier pourtant stratégique pour le secteur énergétique.

La question sensible de Booué

Autre élément qui alimente les commentaires : la présence de la ville de Booué parmi les localités citées comme bénéficiant d’électricité gratuite. Une situation qui suscite d’autant plus d’interrogations que le ministre Philippe Tonangoye est originaire de cette localité.

Certains analystes politiques s’interrogent ainsi sur la pertinence d’une telle communication publique. Le ministre aurait-il choisi de protéger certaines zones au détriment d’une transparence totale ? Ou s’agit-il simplement d’informations sorties de leur contexte ?

Pour l’heure, aucune clarification officielle détaillée n’a été apportée sur la liste exacte des fraudeurs identifiés ni sur la distinction entre consommation publique et branchement illégal. 

Le défi du redressement de la SEEG

Cette polémique intervient alors que la SEEG traverse une phase décisive de son redressement. Depuis mai 2025, l’entreprise est dirigée par son administrateur-directeur général, Steeve Saurel Legnongo, nommé pour tourner la page de l’administration provisoire et engager une nouvelle dynamique.

Son mandat s’inscrit dans le cadre du plan stratégique 2025-2028, qui vise notamment à moderniser les infrastructures, améliorer la qualité de service et réduire drastiquement les pertes techniques et commerciales, dont la fraude à l’électricité constitue une part importante.

Dans ce contexte, la publication effective de la liste des fraudeurs et la clarification des responsabilités apparaissent comme des étapes essentielles pour restaurer la crédibilité du dispositif de lutte contre les branchements illicites. Car au-delà de la polémique politique, l’enjeu reste considérable : assurer la viabilité financière de la SEEG et garantir un accès fiable à l’eau et à l’électricité pour l’ensemble des Gabonais.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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