Bifoun–Ndjolé, Bifoun–Lambaréné : quatorze ans d’abandon routier exposés au grand jour
La visite du ministre des Travaux publics, Edgard Moukoumbi, sur les axes Bifoun–Ndjolé et Bifoun–Lambaréné a mis en lumière une réalité longtemps occultée : l’état de délabrement avancé de ces tronçons stratégiques est le résultat direct de quatorze années d’inaction, de désengagement de l’entretien routier et de priorités budgétaires orientées vers le prestige plutôt que vers l’essentiel.
Le constat dressé sur le terrain est sans concession. Les tronçons Bifoun–Ndjolé (56 km) et Bifoun–Lambaréné (71 km), pourtant vitaux pour la mobilité et l’économie nationale, sont aujourd’hui fortement dégradés. Ils incarnent l’échec d’une politique d’infrastructures qui n’a pas su préserver le patrimoine routier du pays, malgré des budgets conséquents mobilisés au fil des années.
Quand l’entretien disparaît au profit du prestige
Pendant quatorze ans, l’entretien routier a été relégué au second plan. Les ressources initialement destinées à la maintenance des routes ont été progressivement orientées vers des projets dits « structurants » ou de prestige : CAN, voiries urbaines, édifices publics. Une réorientation budgétaire qui a eu un coût élevé.
Faute d’entretien régulier, le coût de remise en état des routes est passé d’un ratio d’environ 1 % (entretien) à près de 20 % (reconstruction). Une dérive financière qui pèse aujourd’hui lourdement sur les finances publiques.
L’ANGTI, recentralisation et désertification du réseau en terre
Autre facteur aggravant : la mise à l’écart progressive du ministère des Travaux publics au profit de l’Agence nationale des grands travaux et des infrastructures (ANGTI). Cette agence, censée impulser une nouvelle dynamique, n’a pourtant engagé aucun programme structurant d’entretien, notamment sur le réseau en terre, qui représente près de 80 % du linéaire routier national.
Exclu des lignes de crédit et privé de suivi technique, ce réseau s’est dégradé au même rythme que les axes bitumés, accentuant l’isolement de nombreuses localités et fragilisant l’activité économique intérieure.
Une régie des Travaux publics affaiblie, 350 milliards FCFA face à l’ampleur des besoins
La marginalisation du ministère a également entraîné l’atrophie de la régie des Travaux publics. Les subdivisions provinciales, privées de budgets de fonctionnement, ont vu leur parc d’engins se détériorer et leur expertise technique s’éroder. Résultat : l’État a perdu sa capacité interne d’anticipation et d’intervention rapide, le contraignant aujourd’hui à rechercher des financements massifs pour rattraper quatorze années de retard.
Pour l’exercice budgétaire à venir, le ministère des Travaux publics ne dispose que d’environ 350 milliards de FCFA. Une enveloppe jugée insuffisante au regard de l’ampleur des chantiers à engager et des ambitions affichées en matière de modernisation des infrastructures. Dans l’urgence, des entreprises ont été recrutées pour la reconstruction des axes Bifoun–Ndjolé et Bifoun–Lambaréné, tandis que la régie des Travaux publics a été mobilisée pour soulager temporairement les usagers.
L’épreuve de la cohérence et des actes
Reste désormais une interrogation centrale : cette prise de conscience marquera-t-elle une rupture durable avec les pratiques du passé ? La modernisation et la préservation des infrastructures routières ne peuvent plus être traitées comme des variables d’ajustement.
Bifoun–Ndjolé et Bifoun–Lambaréné sont devenues le symbole d’un abandon prolongé. Les réhabiliter est une urgence. Mettre fin à la logique de l’inaction et du saupoudrage budgétaire est une exigence politique. Le pays attend désormais des résultats concrets, au-delà des constats et des visites de terrain.








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