Baromètre RSE 2025 : les compagnies pétrolières grandes absentes des politiques sociales
Alors que l’industrie pétrolière demeure l’un des piliers historiques de l’économie gabonaise, sa contribution aux politiques sociales semble peu visible dans l’imaginaire collectif. C’est l’un des enseignements du Baromètre RSE 2025, qui révèle que les citoyens associent davantage l’engagement sociétal aux groupes industriels et de consommation qu’aux entreprises pétrolières pourtant très présentes dans le pays. Un constat qui interroge la place réelle de ces acteurs dans la responsabilité sociétale au Gabon.
Au Gabon, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) s’impose progressivement comme un critère d’évaluation du rôle des grandes entreprises dans le développement national. Soutien à l’éducation, contribution à la santé publique, promotion de la culture ou appui aux entrepreneurs : autant de domaines dans lesquels les populations attendent des entreprises un engagement concret.
Une visibilité limitée dans les domaines sociaux
Le Baromètre RSE 2025, réalisé auprès de 1 279 répondants à Libreville, Port-Gentil, Franceville et Moanda, met en lumière une perception contrastée du rôle des entreprises dans ces domaines. Si certains groupes industriels occupent largement l’espace de la reconnaissance publique, les compagnies pétrolières apparaissent, elles, beaucoup plus en retrait dans la perception des citoyens. Dans les classements liés aux investissements sociaux — qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé ou encore de la culture — les premières places sont systématiquement occupées par des entreprises industrielles ou de consommation.
Ainsi, lorsqu’il s’agit d’identifier les entreprises qui investissent le plus dans l’éducation et la formation, COMILOG arrive en tête avec 19,05 % des citations, suivie de FGIS (11,65 %) et SOBRAGA (11,06 %). Les groupes pétroliers, eux, apparaissent beaucoup plus loin dans le classement. La même tendance se retrouve dans le domaine de la santé publique. Là encore, COMILOG (16,49 %), SOBRAGA (13,52 %) et FGIS (10,56 %) dominent la perception des citoyens en matière d’engagement sanitaire, tandis que les entreprises pétrolières restent marginales dans l’imaginaire collectif.
Une contribution économique peu associée au développement social
Ce décalage entre poids économique et reconnaissance sociétale constitue l’un des enseignements majeurs du baromètre. Historiquement, l’économie gabonaise s’est construite autour de l’exploitation pétrolière, qui a longtemps constitué la principale source de revenus du pays.
Pourtant, dans la perception des citoyens, les entreprises pétrolières ne figurent pas parmi les acteurs les plus identifiés lorsqu’il s’agit d’incarner le développement socio-économique du Gabon. Dans ce classement, COMILOG arrive en tête avec 17,47 % des citations, devant FGIS (15,30 %) et SOBRAGA (12,64 %). Ce constat suggère que la visibilité sociétale des entreprises ne dépend pas uniquement de leur poids économique, mais aussi de la manière dont leurs actions sont perçues et reconnues par les populations.
La question de la « licence sociale pour opérer »
Au-delà des chiffres, cette situation soulève une interrogation stratégique pour les compagnies pétrolières opérant au Gabon : celle de leur « licence sociale pour opérer ». Dans un contexte où les attentes des citoyens envers les entreprises se renforcent, la capacité à démontrer un impact concret sur la société devient un facteur déterminant de légitimité.
Or, selon le baromètre, près de 60 % des Gabonais estiment que les entreprises ne communiquent pas suffisamment sur leurs actions sociales et environnementales. Ce déficit de visibilité peut contribuer à expliquer la faible reconnaissance des initiatives sociétales de certains acteurs économiques, en particulier dans les secteurs extractifs.
À l’heure où la responsabilité sociétale s’impose comme un levier majeur de confiance entre entreprises et populations, les résultats du Baromètre RSE 2025 invitent ainsi les compagnies pétrolières à repenser leur stratégie d’engagement territorial et de communication, afin de mieux inscrire leur action dans la dynamique du développement social du Gabon.










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