Assemblée nationale : l’inclusivité affichée masque-t-elle une majorité écrasante ?
La mise en place des bureaux des commissions permanentes de l’Assemblée nationale, présentée comme un exercice d’inclusivité politique, révèle en filigrane une réalité plus nuancée : celle d’une majorité largement dominante. Entre ouverture institutionnelle et contrôle stratégique, la 14e législature amorce ses travaux sous le signe d’un équilibre encore fragile.
Au palais Léon-Mba, la désignation des bureaux des commissions générales permanentes a été saluée comme un signal fort d’ouverture. Tous les groupes parlementaires ont été associés, dissipant en partie les inquiétudes d’une hégémonie totale de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), forte de sa majorité écrasante.
Dans les faits, cette inclusivité est bien réelle. Des formations politiques diverses ont accédé à des responsabilités au sein des commissions, traduisant une volonté affichée de représentation pluraliste. Une démarche qui tranche avec certaines pratiques passées, souvent critiquées pour leur verrouillage politique.
Une majorité qui garde la main sur les leviers clés
Mais derrière cette architecture inclusive, la réalité des rapports de force demeure sans équivoque. La majorité présidentielle contrôle cinq des huit commissions permanentes, s’arrogeant ainsi les postes stratégiques. Des commissions centrales comme celles des Lois, de la Planification ou encore des Infrastructures sont dirigées par des figures issues de l’UDB.
Cette configuration traduit une logique politique bien rodée : concéder des espaces de représentation aux minorités tout en conservant le contrôle des centres de décision. Une manière de concilier image d’ouverture et efficacité politique.
Dans ce jeu d’équilibre, certains groupes parlementaires n’ont obtenu aucune présidence, se contentant de positions secondaires au sein des bureaux. Une situation qui interroge sur la portée réelle de l’inclusivité proclamée.
Une inclusivité stratégique ou un pluralisme en construction ?
Loin d’être anecdotique, cette organisation pose une question de fond : l’inclusivité peut-elle être pleinement effective lorsque les principaux leviers restent concentrés entre les mains d’un seul bloc politique ? Pour certains observateurs, il s’agit d’une transition maîtrisée vers une culture parlementaire plus ouverte. Pour d’autres, cette configuration reflète avant tout une stratégie de légitimation d’un pouvoir déjà consolidé.
Dans le contexte de la Ve République, où les attentes en matière de gouvernance et de transparence sont élevées, le Parlement est appelé à jouer un rôle central. Encore faudra-t-il que l’équilibre entre majorité et opposition permette un véritable débat démocratique.
Car au-delà des apparences, une interrogation persiste : peut-on réellement parler de pluralisme lorsque l’essentiel du pouvoir décisionnel reste concentré ?










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