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Assemblée nationale : la fin annoncée de la «chambre d’enregistrement» à l’épreuve des faits

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Dans une interview accordée au quotidien L’Union ce lundi 2 mars 2026, le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, affirme avec force que «l’ère de la Chambre d’enregistrement est révolue». À l’ouverture de la première session ordinaire de la 14ᵉ législature, il promet une chambre basse du Parlement indépendante, exigeante et résolument tournée vers le contrôle de l’action gouvernementale. Mais cette déclaration suffira-t-elle à convaincre une opinion publique marquée par des décennies d’alignement parlementaire sur l’Exécutif ?

Sous la Vᵉ République, l’Assemblée nationale est appelée à incarner l’équilibre des pouvoirs restauré par la Constitution de décembre 2024. Le président du perchoir évoque une « refondation républicaine », une « législation d’impact » et des commissions permanentes transformées en « laboratoires d’expertise ». Il promet également un contrôle « rigoureux et constructif » du gouvernement, loin de toute complaisance.

Ces engagements résonnent favorablement dans un pays où la chambre basse s’est, par le passé, illustrée par l’adoption quasi systématique des projets de loi initiés par l’Exécutif. L’histoire parlementaire récente du Gabon est marquée par une discipline majoritaire forte, laissant peu de place aux amendements substantiels ou aux rejets de textes gouvernementaux.

La promesse face à la culture institutionnelle

La question centrale demeure : une déclaration, aussi solennelle soit-elle, peut-elle à elle seule rompre avec une culture institutionnelle profondément ancrée ? L’Assemblée sera jugée non sur ses intentions, mais sur ses actes. Les premières occasions ne manqueront pas, notamment lors de l’examen des textes pris par voie d’ordonnances durant l’intersaison.

Ces ordonnances, qui traduisent une délégation législative consentie au gouvernement, constituent un test grandeur nature. Seront-elles ratifiées sans modification ? Fera-t-on usage du droit d’amendement pour en corriger certaines dispositions ? Y aura-t-il un débat contradictoire, public, nourri d’expertise indépendante ? C’est à ce moment précis que la rupture annoncée prendra, ou non, corps.

Una assemblée nationale au pied du mur

Le président de l’Assemblée affirme que « le temps de l’observation est fini » et appelle les députés à être « rigoureux et assidus ». L’ambition est claire : restaurer la crédibilité du Parlement et répondre aux attentes sociales. Mais la séparation des pouvoirs ne se décrète pas ; elle se pratique.

Dans un contexte politique encore largement dominé par la majorité présidentielle, le véritable enjeu sera la capacité des députés à exercer leur mission de contrôle sans autocensure. La fin de la « chambre d’enregistrement » ne sera crédible que si des textes gouvernementaux sont effectivement amendés, recadrés, voire contestés.

Les Gabonaises et les Gabonais attendent plus qu’une profession de foi. Ils attendent des preuves. La 14ᵉ législature est désormais au pied du mur : incarner un contre-pouvoir réel ou confirmer, malgré les promesses, la permanence des habitudes.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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