Arrestations de syndicalistes : Landry Abaga Essono s’interroge sur la notion de «trouble à l’ordre public»
Au lendemain du placement sous mandat de dépôt de plusieurs figures syndicales du secteur éducatif, le débat sur les limites du droit de grève et sa qualification pénale refait surface. Dans une déclaration publiée le 22 janvier 2026, Landry Abaga Essono, président du Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG), exprime ses interrogations face à l’incrimination de « trouble à l’ordre public » dans un contexte de mobilisation sociale pourtant encadrée par la loi.
La sortie du président du SYNAMAG intervient dans unclimat social particulièrement tendu, marqué par la judiciarisation du mouvement de grève dans l’éducation. Sans commenter directement les procédures en cours, Landry Abaga Essono dit se sentir « interpellé » en tant que leader syndical, face à une décision qui pourrait, selon lui, faire jurisprudence pour l’ensemble du mouvement social gabonais.
Le droit de grève en question
Dans son propos, le magistrat syndicaliste pose une série de questions de fond. À quel moment, s’interroge-t-il, « l’observation ou le soutien à un mouvement de grève régulièrement déclenché » peut-il basculer dans l’incitation à la révolte contre les institutions de l’État ? Pour lui, la grève demeure, en droit, « un moyen légal d’action collective utilisé par des travailleurs pour faire pression sur leur employeur, en l’occurrence l’État, afin d’obtenir la satisfaction de revendications professionnelles ».
Rappelant les fondements juridiques de l’action syndicale, il souligne que la grève se définit par « la cessation collective et concertée du travail en vue d’appuyer des revendications professionnelles ». Dès lors, la qualification de trouble à l’ordre public lui paraît sujette à débat, au regard des principes consacrés par le droit du travail et les libertés syndicales.
Une inquiétude partagée dans le monde syndical
Par une formule imagée – « Quand on égorge la poule, le canard observe et affûte son agilité » – Landry Abaga Essono laisse transparaître une inquiétude plus large au sein des organisations syndicales. Derrière l’affaire éducative, c’est la crainte d’un précédent judiciaire qui se dessine, susceptible de redéfinir les frontières entre revendication sociale et infraction pénale.
Sans conclure de manière péremptoire, le président du SYNAMAG insiste sur le caractère interrogatif de sa démarche. « Je m’interroge seulement », précise-t-il, appelant implicitement à une clarification juridique et institutionnelle, afin d’éviter toute confusion entre l’exercice d’un droit constitutionnel et la perturbation de l’ordre public.
Un débat juridique et politique ouvert
Cette prise de position relance un débat sensible au Gabon : celui de l’équilibre entre maintien de l’ordre public et respect des libertés syndicales. À l’heure où plusieurs secteurs restent sous tension, la question posée par Landry Abaga Essono dépasse le seul cas des enseignants. Elle interpelle l’ensemble des acteurs sociaux et institutionnels sur la lecture et l’application du droit de grève dans un État de droit.
Alors que la justice suit son cours, ces interrogations, émanant d’un magistrat syndicaliste, viennent rappeler que la sortie de crise sociale passe aussi par une clarification des règles du jeu juridique, afin de préserver à la fois la paix sociale et les libertés fondamentales.








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