Albert Ondo Ossa : la suspension des réseaux sociaux est «assurément une dérive dictatoriale»
Depuis le 18 février, la Haute Autorité de la communication (HAC) a provisoirement suspendu les réseaux sociaux au Gabon. Une décision présentée comme temporaire et motivée par la lutte contre la diffamation en ligne. Invité le 24 février sur la Nouvelle chaîne africaine (NCA), le professeur Albert Ondo Ossa a vivement critiqué la mesure, la qualifiant d’« assurément une dérive dictatoriale ».
Le débat sur la liberté numérique prend une nouvelle ampleur. Face aux justifications avancées par la HAC — qui évoque la nécessité de contrer les discours diffamatoires et la manipulation politique — l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2009 et 2023 rejette l’argument sécuritaire.
« Le pouvoir se sent menacé »
Sur le plateau de la NCA, dans l’émission « Notre Invité », Albert Ondo Ossa a estimé que la suspension ne saurait être assimilée à une mesure de protection de l’ordre public. « Les réseaux sociaux critiquent tous les pouvoirs au monde. Trump, les réseaux sociaux le prennent à partie tous les jours. Il ne les a pas pour autant stoppés. Macron lui-même ici en France, il est pris à partie par les réseaux sociaux, sans que cela ne justifie une suspension », a-t-il déclaré.
Selon lui, la décision traduirait une crainte politique plus profonde. « En fait, c’est le pouvoir lui-même qui se sent menacé. Menacé par quoi ? Par des révélations qui pourraient se faire et qui est l’expression démocratique, qui est majoritaire, parce que le pouvoir se sait à jamais minoritaire », a-t-il soutenu.
L’universitaire considère que le calendrier de la suspension, intervenu selon lui à un moment sensible, interroge sur ses véritables motivations. Il évoque une volonté de « préserver un homme », visant le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Une légalité contestée
Au-delà du débat politique, Albert Ondo Ossa met en cause la base juridique de la décision. « Nous avons deux méthodes d’encadrement : le pouvoir judiciaire et la HAC pour les organes de presse. Quand un pouvoir intervient directement, c’est de la dictature », a-t-il affirmé. Cette position rejoint celle de Alain-Claude Bilie-By-Nzé, qui a qualifié la suspension d’« incompréhensible » et « disproportionnée ».
Entre impératif de régulation et respect des libertés publiques, la mesure continue de polariser l’opinion. Elle pose, en filigrane, la question du cadre légal de la régulation numérique et de l’équilibre entre sécurité, responsabilité et liberté d’expression dans le Gabon post-Transition.








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