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AGASA : vers une agence de référence en Afrique centrale, entre montée en puissance territoriale et ambition scientifique

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À l’issue de son passage sur Le Canapé Rouge de Gabon Media Time, le directeur général de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), Jean Delors Biyoghe-Bi-Ntougou, a levé le voile sur une vision stratégique assumée : transformer l’AGASA en un acteur central de la sécurité sanitaire des aliments, capable d’agir sur tout le territoire national et de s’imposer, à moyen terme, comme une référence en Afrique centrale. Une ambition qui interroge autant la capacité de l’État à accompagner cette montée en puissance que ses impacts attendus sur la santé publique et l’économie.

Une AGASA plus proche du terrain. La première rupture annoncée concerne la territorialisation effective de l’action de l’agence. Longtemps cantonnée à des missions ponctuelles, l’AGASA entend désormais déployer des brigades permanentes dans les provinces, au-delà des seuls chefs-lieux. Cette présence continue vise à prévenir les risques sanitaires «à temps et à contretemps », selon les mots de son directeur général, et à réduire les délais d’intervention face aux produits impropres à la consommation.

Cette stratégie répond à une réalité bien connue : la majorité des alertes sanitaires naissent loin des centres administratifs, dans les circuits informels de distribution et aux frontières. En renforçant son maillage territorial, l’AGASA espère restaurer la confiance des consommateurs et rassurer les opérateurs économiques, souvent confrontés à des contrôles jugés imprévisibles ou redondants.

Frontières, laboratoire et science au cœur de la réforme

Autre pilier majeur : le renforcement des contrôles aux frontières. L’objectif affiché est clair : intercepter les produits à risque avant leur mise sur le marché, grâce à des prélèvements systématiques et à des analyses scientifiques plus rapides. À ce titre, la montée en régime du laboratoire national d’analyses alimentaires constitue un levier stratégique. Longtemps sous-utilisé, ce laboratoire est appelé à devenir un outil central de décision, réduisant la dépendance aux analyses externalisées.

L’AGASA mise également sur des tests de détection rapide et sur l’expertise de ses ressources humaines – agronomes, vétérinaires et ingénieurs – pour moderniser la chaîne de surveillance sanitaire. Une orientation qui inscrit l’agence dans une logique de prévention, plutôt que de simple réaction.

Une ambition régionale sous condition

Au-delà du cadre national, Jean Delors Biyoghe-Bi-Ntougou assume une ambition plus large : faire du Gabon un pôle régional de sécurité sanitaire des aliments. Cette perspective suppose toutefois un soutien politique constant et des moyens financiers à la hauteur. Car généraliser les brigades, équiper les frontières et faire fonctionner des laboratoires performants a un coût.

Les enjeux sont pourtant considérables. Une AGASA crédible et efficace renforcerait la santé publique, améliorerait la compétitivité des opérateurs économiques et positionnerait le Gabon comme un acteur fiable dans les échanges régionaux. Reste à savoir si cette trajectoire, ambitieuse et structurante, pourra être soutenue dans la durée par l’État. C’est à cette condition que l’AGASA pourra réellement passer du statut d’agence contestée à celui de référence continentale.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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