Afrobarometer : 79 % des Gabonais n’ont pas du tout confiance à la commission électorale
Selon les résultats du Round 10 d’Afrobarometer (2024/2025), 79 % des Gabonais déclarent n’avoir « pas du tout » ou « pas très » confiance dans l’organe de gestion des élections. Un chiffre qui place le pays parmi les plus mauvais élèves du continent, loin derrière la moyenne des 37 pays africains étudiés, où 57 % des citoyens expriment un manque de confiance envers leur commission électorale. À titre de comparaison, la confiance est exceptionnellement élevée en Tanzanie (79 %) et au Sénégal (69 %), tandis que le Gabon se retrouve dans le bas du classement, aux côtés du Nigeria ou du Congo-Brazzaville. Cette défiance massive traduit une crise profonde de crédibilité du processus électoral, dans un pays pourtant engagé dans une refonte de ses institutions.
Les données Afrobarometer montrent que cette méfiance est transversale. Elle touche autant les hommes que les femmes, les jeunes que les adultes, avec un pic chez les 18-35 ans, dont près de 60 % disent ne pas faire confiance à l’organe électoral. Le scepticisme est encore plus marqué chez les citadins, les personnes ayant un niveau d’instruction post-secondaire et les populations confrontées à une pauvreté forte. Régionalement, l’Afrique centrale, à laquelle appartient le Gabon, affiche le plus faible niveau de confiance du continent, avec seulement 25 % d’opinions favorables. L’élection demeure perçue comme un principe démocratique essentiel, mais ses conditions d’organisation et d’arbitrage sont largement contestées.
Une succession d’élections sous tension depuis 2023
Le cas gabonais s’inscrit dans un contexte politique particulier puisque entre le coup d’État militaire d’août 2023 et la fin de l’année 2025, le pays a enchaîné plusieurs consultations majeures : référendum constitutionnel fin 2023, élection présidentielle en avril 2025, puis élections législatives, sénatoriales et locales au dernier trimestre 2025. Ces scrutins ont été organisés par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, après la dissolution du Centre gabonais des élections (CGE), conformément aux résolutions du Dialogue national inclusif et à la nouvelle Constitution, avec l’ambition affichée de restaurer l’impartialité du processus. Si le référendum et la présidentielle se sont déroulés sans contestation majeure, les législatives et les locales ont ravivé les critiques, notamment sur des accusations de fraudes et de transports d’électeurs.
Dans ce contexte, les résultats d’Afrobarometer résonnent comme un avertissement. Ils confirment que la répétition des scrutins ne suffit pas à restaurer la confiance citoyenne. Comme ailleurs en Afrique, les Gabonais attendent davantage de transparence, d’indépendance et de redevabilité. À défaut de réformes crédibles et visibles dans la gouvernance électorale, le risque est grand de voir s’installer durablement une défiance qui fragilise la légitimité démocratique et alimente la distance entre les citoyens et leurs institutions.









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